Zabou the terrible

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samedi, avril 7 2018

Pour vivre notre foi à plein corps, comme Lui !

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Coïncidence : j'ai fini de lire presque en même temps L'esprit de la liturgie du cardinal Ratzinger et Ceci est mon corps de Sr Anne Lécu. Alors, l'esprit ? Le corps ? Ce qu'il faut, c'est tenir évidemment l'équilibre entre les deux. 

Mais je me demande parfois si, moi la première, je n'oublie pas parfois notre premier lieu de rapport au monde qu'est le corps - n'y sommes-nous pas parfois invités presque malgré nous par le monde actuel ? - et c'est tout le propos de ce très beau livre : pas de vision éthérée de l'eucharistie mais une vision incarnée, en conformité avec Celui qui a dit "ceci est mon corps" avant de Le livrer tout entier pour que nous vivions. Mais cela ne reste pas un unique moment dans la semaine, c'est bien, à notre tour, notre vie entière qui est concernée afin que nous livrions notre vie à nos frères, en Eglise. 

En bref ? J'ai surkiffé énormément aimé ce livre qui n'est pas une description mais bien un petit traité incarné de l'eucharistie. Pour moi qui ai découvert la foi au pied de l'autel en servant la messe et qui y ai découvert cette vie de relation avec le Seigneur qui, plus tard, aura pris un tournant encore plus décisif dans ma vie, je n'y peux que consentir en écho... y compris aux pages plus sombres qui parlent de ces fois où nous nous sentons tout moches et n'arrivons plus bien à consentir au don qui nous est fait. 

Ce livre, il faudrait que tout le monde l'ait entre les mains, je pense, pratiquants occasionnels et réguliers : pour que nous fassions corps et devenions davantage, ensemble, Son Corps. Sans jamais l'oublier. 

 

L'homme eucharistique, c'est celle ou celui qui se fraye un chemin au milieu des embûches, malgré son mauvais caractère ou les débordements dans lesquels il se noie, pour tenter chaque jour d'aimer, un peu, et de vivre mieux qu'hier ou moins mal. L'homme eucharistique, c'est celui qui accepte un jour de perdre le sévère jugement qu'il portait sur lui-même pour recevoir dans la pauvreté cette parole que le Christ offre à tous ceux qui veulent la recevoir : "Moi non plus, je ne te condamne pas" (Jean 8, 11).

L'homme eucharistique, c'est celui qui - alors qu'il ne peut pas pardonner - espère qu'un jour, il aura le désir de pouvoir pardonner.

L'homme eucharistique, c'est celui qui abandonne la fascination pour la mort et fait un pas de côté pour que la vie soit possible. Qui, comme Elie, accepte une galette amenée par un corbeau, se relève alors qu'il se laissait mourir et entend cette parole qui accompagne - qui est ? - le pain du ciel : "Lève-toi et mange, autrement le chemin serait trop long pour toi." (1 Rois 19,7) 

Sr Anne Lécu,  Ceci est mon corps, p. 146. 

mercredi, avril 4 2018

De résurrection et d'eucharistie

Alors nous sommes là, avec lui, ignorant ce qu'il façonne en nous, comme les femmes aux aromates qui veillaient dans la nuit, devant le tombeau du Seigneur. Et ces mêmes femmes étaient là, encore, le grand matin du premier jour, et par la grâce de leur persévérance, voilà que nous aussi, nous sommes là, à l'heure bénie où le Christ est ressuscité. Il s'était offert en remerciement, en sacrifice d'action de grâce. C'est à nous maintenant d'en faire autant. En déposant sa vie entre nos mains, il nous relève et nous envoie, afin que nous soyons nous aussi, eucharistie, en ce monde. 

Sr Anne Lécu, Ceci est mon corps , Cerf,  2018, p. 125

 

http://www.narthex.fr/events/agenda-2015-1/vignette-resurrection.jpg/image_largeManessier, Résurrection

samedi, mars 31 2018

Pâques 2018

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Le Jeudi Saint, le Christ s’est abaissé jusqu’aux pieds de ses disciples, pour les leur laver.

La nuit du Jeudi Saint, c’est à Ses pieds que nous avons veillé, que nous avons adoré ;

Le Vendredi Saint, c’est au pied de la croix que nous nous sommes tous retrouvés ;

 

Pieds de Dieu, pieds de l’homme…

Apprentissage d’un suprême mouvement d’abaissement : aux pieds de Dieu, aux pieds de l’homme.

Ces deux pieds-là sont bien nécessaires pour nous faire tenir debout comme chrétiens : ils sont les pieds de la charité.

 

Le dimanche de Pâques, c’est encore mieux : des pieds gisants seront devenus pieds en mouvement ! 

Mais il leur dit :
« Ne soyez pas effrayées !
Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ?
Il est ressuscité : il n’est pas ici.
Voici l’endroit où on l’avait déposé.
Et maintenant,
allez dire à ses disciples et à Pierre :
“Il vous précède en Galilée.
Là vous le verrez,
comme il vous l’a dit.” »

La bénédiction nous invite à Sa suite également : "suivez maintenant les pas du Ressuscité" !  

Alors que, le dimanche de Pâques, ils soient légers les pieds, qu’il soient « beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut » (Is. 52,7) de ceux qui portent la Bonne Nouvelle

Parce que Pâques, c’est grave le pied ! ;-)

 

Belle et sainte fête de Pâques à tous :

IL EST VRAIMENT RESSUSCITE, ALLELUIA ! :-) 

 

Dans le désert - 5

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Autre caractéristique du désert : le silence. Pas ce faux silence de nos rues animées quand elles commencent à s'endormir et à s'assourdir mais un silence complet, presque parfait, dense et profond. 

Grâce à lui, il semble plus aisé d'écouter le Seigneur dans notre coeur et les lectures de la Bible au désert semblent effectivement résonner plus profondément. 

J'aurai toujours dans mon coeur, justement, une messe célébrée à l'aube dans le désert marocain : sept personnes, pas plus, dont le célébrant. Pas grand chose à voir, un simple corporal posé sur le sable, une gourde comme burette, mais du pain, mais du vin et nous tous autour, assis comme nous le pouvions dans le creux d'une dune. Dans l'immensité désertique silencieuse, Dieu se rendait présent et c'était simplement fabuleux. 

Il n'y avait pas besoin de mots supplémentaires, le silence du désert était particulièrement de mise : Dieu était et cela suffisait. Foin des bavardages, Il était, Il voulait demeurer chez chacun de nous. Je fus plus éblouie par cette certitude confiante que par le soleil. 

Aujourd'hui, Samedi Saint, jour par excellence du silence, je repense à cela... Je ne peux reproduire ce silence, le bruit de la ville vient à moi et puis les pensées futiles sont moins aisément envolées. Mais Dieu est au tombeau, mais cette nuit, nous célébrerons sa résurrection et encore et toujours davantage le fait qu'Il veuille habiter chez nous, ressuscité, pour nous envoyer proclamer, bien plus fortement que tous les bruits, Sa Bonne Nouvelle. 

samedi, mars 24 2018

A l'heure de monter à Jérusalem

Alors que nous nous apprêtons à vivre avec le Christ cette Semaine Sainte et, donc, à monter à Jérusalem avec Lui, un homme est mort. 

Un homme qui a, librement, par amour ou par devoir, mais peut-être que l'amour est justement le plus grand des devoirs, offert sa vie pour d'autres. 

A l'heure où nous nous apprêtons à célébrer Celui qui a donné sa vie pour chacun de nous, les mots de l'Evangile résonnent avec un écho tout particulier. 

Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Voici ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres. (Jn 15, 12-17)

Prions pour celui qui a conformé sa vie et sa mort à l'exemple du Christ, pour une femme, une probable inconnue, une "quiconque" qui aurait pu être chacun de nous.

Prions pour Arnaud Beltrame qui a su aimer à en mourir pour faire vivre. 

 

dimanche, mars 18 2018

Le voir ?

"En ce temps-là, il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque. Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. »" (Jn 12)

Quel grand désir de la part de ces Grecs : voir Jésus !

https://storage.gra1.cloud.ovh.net/v1/AUTH_10e1a9235c63431c95e5b84a247830db/prod/artwork/15947_1_m.jpgManessier, Suite de Pâques, l'arrestation de Jésus.


Est-ce que ce même grande désir m'habite toujours vraiment ? C'est facile de dire : "ben, oui, bien sûr, c'te question !" mais en vérité ? Si je ne fais qu'écouter mon coeur, oui, j'aimerais Le voir : en plus d'être Dieu, Il est l'humain par excellence qui ne cesse jamais de me fasciner, de m'inspirer, de m'aimer, de me donner envie d'avancer.


Mais en même temps, est-ce vraiment toujours Lui que je cherche ? Ou l'image que je me fais de Lui ? Il est parfois facile de rogner sur l'amour absolu, il est souvent aisé de grignoter mine de rien sur le caractère tranchant de l'Amour et de la Parole de Dieu : nous sommes toujours tentés de Le ramener à notre mesure humaine. Pas forcément volontairement, d'ailleurs, mais parce que nous ne faisons que balbutier la langue de l'amour. 

Alors, je crois qu'en face de Lui, je serais éblouie par l'incarnation de l'amour, comme parfois, déjà, Sa Parole vient frapper fort, façon coup de bélier, en mon coeur. Car Jésus nous aide en ramenant nos rêves de sainteté bien lisses ou rose bonbon, croyant L'imiter vainement par là, à leur juste mesure, en annonçant déjà que l'amour va jusqu'à la couronne d'épines, que l'amour va jusqu'à la croix, que l'amour va jusqu'à la mort. 

"Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle."

"Stop aux fanfaronnades semble-t-Il nous dire, cessez vos idolâtries qui ne font que morceler la totalité de Ma vie. Choisissez tout !" 

Le suivre, c'est oser regarder le Christ souffrant... pour apprendre à y discerner le Christ, triomphant.
Le suivre, c'est vraiment désirer Le voir et, du coup, ne pas se voiler les yeux devant les épines du quotidien, notamment celles qui frappent durement nos prochains... pour apprendre à y discerner le Christ, présent. 

samedi, mars 17 2018

Correction - conversion

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           Hier après-midi, je corrigeais des copies avec une pause pour le goût... pour aller me confesser. En rentrant, profondément joyeuse d'avoir vécu ce sacrement de réconciliation pour lequel j'ai une estime toute particulière (oui, en réalité, je dis ça pour tous les sacrements mais c'est vrai hein, j'ai une estime toute particulière pour chaque sacrement : comment se lasser de rencontres avec le Christ ?), je me disais que c'était beau que ce sacrement aide à ma propre conversion. C'est ce que rappellent les belles notes pastorales du rituel de ce sacrement : 

"La conversion chrétienne ne se limite pas à un domaine restreint des activités humaines. L’existence entière du croyant est engagée dans la réponse à la Bonne nouvelle. C’est dans la vie chrétienne que s’effectuent les conversions, les réconciliations, fruits de l’Évangile. Au cœur des efforts de rectitude morale, d’engagement, de réconciliation humaine, le sacrement vient manifester que l’initiative de la conversion et de la réconciliation vient de Dieu et non pas de l’homme."

L'existence entière sous le signe de la conversion... les enjeux du sacrement de réconciliation sont vastes ! 

Et cependant, à mon petit niveau, certes, sans sacrement, quand je corrige mes copies, je n'exerce qu'une correction, pas une conversion... Bien sûr, il ne s'agit pas de convertir mes élèves au catholicisme mais, comment les mettre sur un chemin de retournement, de grandissement ? Comment mon stylo rouge peut-il, au-delà d'acter le constat d'un niveau sur un point précis du programme à un instant t, encourager à se mettre en route ? 

Un des points importants du sacrement de réconciliation est de ne pas s'arrêter à la pénitence comme simple pénitence pas forcément super agréable mais bien d'en percevoir le but pour avancer avec Dieu. 

Et si un enjeu de la correction de copies était justement d'essayer d'aller au-delà d'un constat mais bien d'aider à mettre en route, autrement ? 

mardi, mars 13 2018

Où en est la nuit ? Où en est le jour ?

 

Autre lecture sapide de retraite Veilleur, où en est la nuit ? du fr. Adrien Candiard. En bref ? Si vous voulez renouveler votre vision de l’espérance, lisez-le ! Mieux encore : si vous pensez encore que l’espérance est une vertu mièvre pour chrétiens manquant de cran, dévorez-le ! Si vous êtes de ceux qui aimez vous lamenter devant les ruines d’une civilisation parfaite (imaginaire), parce que « ma bonne dame, tout fout le camp », ne prenez pas de cachet mais lisez plutôt ce bon bouquin !

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Deux parties dans ce livre « Espérance et faux espoirs » puis « espérer pour la vie éternelle » : la première s’inspire du prophète Jérémie et le relie avec acuité pour notre temps pour éviter tout faux espoir d’un retour en arrière à l’identique ; la seconde nous invite à nous tourner vers la vraie mesure de l’espérance chrétienne, celle de la vie éternelle.

 

« Vivre pour l’éternité réclame un tel changement de perspective, un renversement si radical que les meilleures volontés peinent à y parvenir. Ce n’est pas pour rien, sans doute, que les portails des cathédrales ont fait de l’acrobate, capable de marcher sur les mains, l’image de la conversion à laquelle nous sommes appelés : conversion ne veut rien dire d’autre que renversement. D’ordinaire nous marchons sur nos pieds et nous avons la tête vers le haut. Mais quand il dit « convertissez-vous », Jésus nous dit « retournez-vous » ; et pas seulement « tournez la tête pour regarder dans la bonne direction », mais encore « renversez-vous, renversez votre manière de voir le monde ». Il s’agit de vivre tourné vers le ciel. Il s’agit de renverser les valeurs de succès et de réussite, pour vivre avec une autre logique, la logique du Royaume. Ce Royaume où les derniers sont les premiers, où ceux qui ont à peine travaillé sont payés autant que ceux qui ont trimé toute la journée, où on ne possède que ce qu’on donne, où seuls les faibles sont forts, parce qu’ils n’ont rien d’autre, comme sécurité, que la force de Dieu. C’est un peu fou, quand on y réfléchit. Si nous étions vraiment chrétiens, les gens devraient aussi penser que nous sommes un peu fous ; ils devraient penser que nous marchons sur les mains. Parce qu’ils ne savent pas que c’est en voyant le monde à l’envers, en sortant de nos logiques si familières d’égoïsme et de sécurité, qu’on voit enfin le monde comme il est, c’est-à-dire comme Dieu l’a voulu. Le vrai fou n’est pas forcément celui qu’on croit. » (p. 84-86)

 

F. Adrien Candiard, Veilleur, où est la nuit ? Petit traité de l’espérance à l’usage des contemporains, éd. du Cerf

lundi, mars 12 2018

Dans le désert - 4

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Août 2017, désert du Néguev, lecture de l’Exode : les conditions sont campées pour comprendre qu’il fait chaud, très chaud, trop chaud et que c'est en réalité le but que nous le faire éprouver. 

 

Alors, lors d'une longue marche, à l’issue du déjeuner frugal et, hélas, sans manne, un point sur l’eau a été fait. A qui en restait-il ? Qui n’en avait plus ? Nous étions partis avec 3 ou 4l d’eau par personne le matin mais chacun réagit différemment face aux hautes températures – par exemple, je ne bois jamais beaucoup (oui, je sais que je devrais). Ainsi, pour finir notre chemin désertique, nous avons été mis en binômes, l’un ayant de l’eau, l’autre n’en ayant pas.

 

Ayant encore presque 2l., je fus mise en binôme avec une dame n’ayant plus qu’une goutte… et nous qui ne nous connaissions pas vraiment encore, nous voici lancées pour faire un bon bout de chemin ensemble. Et nous voici parties à deviser joyeusement de nos vies, de Bible, de Dieu même, un peu puis beaucoup, avec une profondeur confiante assez rare pour des personnes qui ne faisaient que vivre dans un même groupe depuis trois jours, de pays différents, d’âges différents, d’états de vie différents, qui plus est dans un état physique pas possible de puanteur après deux jours dans le désert (mais ça, nous ne nous en rendions heureusement pas compte). J’ai partagé mon eau, elle a aussi partagé généreusement sa vie et sa foi : personne ne donnait plus que l’autre, nous marchions simplement en apprenant à nous recevoir mutuellement comme dons de Dieu. Plus largement, après avoir murmuré de faim et de chaleur comme les Hébreux dans le désert, nous faisions l’expérience de nous laisser unifier les uns avec les autres, les uns par les autres et par Lui : ensemble, nous devenions un vrai groupe. 

 

Si, autour des puits, nous le savons bien, il est souvent question de mariage dans la Bible, j’ai pu constater qu’autour de l’eau, il est tout de même bien question d’Amour et de vie. Et cela était bon.

 

Et si vivre le désert, c’était laisser de la place pour mieux vivre chaque rencontre comme un don de Dieu ? Comme une Rencontre ?

 

vendredi, mars 9 2018

Ce que je sais malgré tout

Seigneur,

Tu le sais bien, c’est bloquée de partout que je suis rentrée avant de me poser un peu avec Toi : la tête comme dans un étau, les épaules serrées… comme si mon corps réceptionnait la violence et le stress de ce qu’il venait de vivre.

Quoi ? Trois conseils de discipline d’élèves ayant commis des actes graves lors d’un récent voyage scolaire que j’accompagnais, les trois qui se sont soldés par des exclusions définitives. C’est la deuxième année que je siège dans cette instance souvent désagréable mais je n’avais encore jamais vécu cela : des actes dont j’étais un des témoins niés ! En 4h30, j’ai vu de la violence, du mensonge mais aussi de grandes détresses : 4h30 de plongée non-stop dans la pâte humaine, ça ne laisse pas tout à fait intacte… Heureusement, je sais que Tu y étais avec moi.

Et il fallait poser une sanction, et il fallait voter… Tu sais, Seigneur, cela fait partie des jours où j’envie ceux qui sont bardés de certitudes sur ce qu’il convient de faire : tous pourris les jeunes de banlieue ? Excluons-les tous ! Et, de l’autre côté, l’attitude qui ne vaut guère mieux : Oh ces pauvres petits… Tellement malheureux qu’il ne faut surtout pas les punir. Souvent, j’écoute ces personnes et ne dis rien : je demeure dans l’inconfort. Ne le dites pas trop fort mais cela fait la cinquième année que j’enseigne en éducation prioritaire et je crois que je ne sais toujours pas ce qu’il convient de faire. En réalité, je le sais de moins en moins : je m’efforce simplement d’aimer, au moins mal.

Lire la suite...

vendredi, mars 2 2018

L'unique langage de Dieu ! :-)

Dans mes diverses lectures de retraite, il y a eu les fameux Langages de l'amour de Gary Chapman que l'on m'avait offerts et que je n'avais pas encore pris le temps de lire, quoiqu'en ayant beaucoup entendu parler. 

http://espritvif.com/wp-content/uploads/2012/07/5-langages-amour.jpg

C'était la version "pour solos" qu'il faudrait compléter par la version "pour les couples" car, évidemment, le cas des consacrés est un peu particulier du côté de tout cela. En face d'eux, Dieu maîtrise plus que très largement les 5 langages de l'amour : l'amour, c'est sa langue mat... euh... originelle et originale !

Et, nous, face à Lui ? Voici une rapide tentative de transposition ! ;-) 

 

Du côté de Dieu : 

  • Paroles valorisantes : ... la Bible en est pleine ! Tu as beau chuter, Il trouve toujours des trucs sympas à te dire ! Tu peux piocher à peu près partout en l'ouvrant pour recevoir une parole qui fera du bien à ton âme. Et que dire de ce long chant d'amour qu'est le Cantique des Cantiques ? 

"Lève-toi, mon amie, ma toute belle, et viens…Vois, l’hiver s’en est allé, les pluies ont cessé, elles se sont enfuies. (Ct 2, 10-11) "

  • Cadeaux : la vie, la grâce, la foi... et tutti quanti ! ... Et il est même capable de doubler les paroles valorisantes de cadeaux quand tu te ramasses, alors qu'on attendrait l'inverse cf. la parabole du fils prodigue avec le veau gras, pleinement parabole du Père prodigue ici. 

 

  • Services rendus : ... il y a vraiment besoin de détailler ? :-) 

 

  • Moments de qualité : Il est toujours avec nous... et toi avec Lui ? Moins sûr. 

 

  • Toucher physique : Bon, là, ok, c'est moins évident en apparence. Mais je dirais les sacrements, signes sensibles de Sa grâce ? 

Evidemment, ces 5 langages "en direct" se transmettent aussi par l'intermédiaire de tous Ses enfants... Donc, quand tu transposes à ce que tu reçois de l'humanité entière, ça fait un vrai plein d'amour ! 

 

Du côté du consacré face à Dieu : 

  • Paroles valorisantes : la louange ! Pourtant toujours en-deça de Lui puisque nos mots demeurent bien petits. Néanmoins, "Tu n’as pas besoin de notre louange, et pourtant c’est toi qui nous inspires de te rendre grâce : nos chants n’ajoutent rien à ce que tu es, mais ils nous rapprochent de toi, par le Christ, notre Seigneur." (Préface IV) 

 

  • Cadeaux : tout acte de charité, quel qu'il soit ! Même si, là encore, c'est finalement Lui rendre ce qu'il a déjà, comme l'écrivait saint Ignace dans sa fameuse prière : "Prends, Seigneur, et reçois toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté, tout ce que j'ai et possède, Tu me l'as donné; à toi, Seigneur, je le rends. Tout est à toi, disposes-en selon ton entière volonté. Donne-moi ton amour et ta grâce. C’est assez pour moi."

 

  • Services rendus : l'évangélisation, l'apostolat... Être au mieux ou au moins mal Ses mains en apprenant à voir avec Ses yeux, selon Son coeur. "Je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait." (Mt 25, 40) 

 

  • Moments de qualité : l'oraison ! Le doux silence de coeurs amoureux ! 

 

  • Toucher physique : hmm.... joker ! ;-) 

 

dimanche, février 25 2018

Au désert – 3

Vivant présentement moi-même le vivifiant désert de la retraite, un petit billet programmé… parce qu’il est parfois tentant de chercher le Seigneur toujours ailleurs, dans un lieu de pèlerinage, de désert ou de retraite (eh oui !), alors que ce lieu est avant tout au plus intime de nous-mêmes. Ici, c’est Grégoire de Nysse qui s’exprime dans une lettre au sujet de ceux qui tiennent absolument à aller en Terre Sainte : à transposer à tous nos désirs volontaristes ?

 

« Qu’aura de plus celui qui s’est rendu en ces lieux, comme si, jusqu’à ce jour, le Seigneur vivait corporellement en ces lieux et qu’il soit absent de chez nous, comme si le Saint Esprit abondait chez les habitants de Jérusalem et qu’il lui soit impossible de venir chez nous ? (…) Un changement de lieu ne procure aucun rapprochement de Dieu mais, où que tu sois, Dieu viendra vers toi, si la demeure de ton âme est trouvée telle que le Seigneur puisse habiter en toi et y circuler. (…) Conseille donc aux frères, mon cher, de quitter leur corps pour aller vers le Seigneur, et non la Cappadoce pour aller en Palestine ».

 

jeudi, février 22 2018

Au désert - 2

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Quand on parle de désert, on pense souvent "solitude" : c'est vrai et, en même temps, n'y a-t-il pas le corollaire de celle-ci, au sein de ce milieu hostile à l'homme ? Quand on parle de désert, ne devrait-on pas penser à "sollicitude", dans cet endroit qui oblige les êtres humains à se rapprocher, à veiller sur celui qui est à ses côtés ?  

Juillet 2008 - Maroc : week-end dans un cadre sablonneux aussi beau que cette photo du "Routard" avec une nuit à la belle étoile prévue. Nos amis et collaborateurs du quotidien, Marocains musulmans, avaient tout organisé pour que nous puissions vivre pleinement notre première expérience du désert : l'eau et la nourriture, certes, mais aussi tout ce qu'il fallait pour notre sécurité. Ainsi, afin que nous ne soyons pas assaillis par les scorpions, ils avaient pris soin de tracer un grand cercle à l'essence autour de notre bivouac. Et, le lendemain matin, à l'heure de la messe, au lieu de faire autre chose, ils étaient à quelques pas sur les dunes, en train de veiller sur chacun de nous. 

Août 2017 - Terre Sainte : Réveil matutinal, je m'étire. Mes voisins, tout de même à quelques mètres, me demandent si j'ai bien dormi. J'acquiesce, ils explosent de rire : j'apprends qu'un fennec a longtemps rôdé autour de moi dans la nuit et qu'il a fallu l'intervention de mes voisins de sommeil pour le faire arrêter de me renifler tant il était insistant ! 

 

Et si le Carême, avant de chercher la solitude du désert, c'était avant tout de grandir en sollicitude ? Nous vis-à-vis des autres ? Mais aussi de savoir admirer, au sein des milieux hostiles de nos vies, les marques de sollicitude qui nous parviennent ? 

Peut-être que le désert du Carême, c'est aussi l'occasion offerte d'un moment pour nous découvrir davantage frères, appelés à veiller les uns sur les autres, naturellement et amoureusement. 

lundi, février 19 2018

Une apparition ou ce qu'il nous faut pour nous tourner vers le Ciel

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Pitch de départ improbable pour le film L'Apparition : un grand journaliste, spécialisé dans les conflits devenu complètement dépressif et en arrêt de travail suite au décès d'un collègue, se fait appeler par un cardinal pour une mission secrète. Ce journaliste, Jacques, agnostique de son état, se voit chargé d'appartenir à une commission canonique réunie afin d'étudier une possible apparition dans le Sud de la France. Et pourtant, la suite est beaucoup moins improbable. 

Dès ses premiers pas dans le village, Jacques se trouve confronté à la ferveur populaire, touchante et massive : premier déplacement qu'il a à vivre mais qui n'est pas encore l'essentiel. Le deuxième déplacement est beaucoup plus important, il s'agit, derrière la question de l'apparition, de celui que peut provoquer la foi. Cette apparition... est-ce un événement surnaturel ou un vaste mensonge ? Le film ne parle jamais de grâce et c'est pourtant la question qui se profile derrière : qu'est-ce qui peut me pousser à croire... si ce n'est cette grâce ? Car les enquêtes et les raisonnements ne suffiront jamais à englober ce qui est point d'interrogation tendu vers le Ciel. 

Si le scénario n'évite pas certaines longueurs convenues, on se laisse volontiers porter par ce film parce qu'il nous montre avec une réelle intensité la question de la foi portée sans le vouloir au coeur d'une vie, question qui peut parfois être véritable combat ou colère quand elle reste énigme. Parce que la foi nécessitera toujours ce pas supplémentaire pour aller au-delà, dans cette zone où même la raison achoppe. 

Au désert - 1

Deux fois, j'ai eu l'occasion de vivre un temps au désert : une fois dans le sud du Maroc, en juillet 2008, le temps d'un week-end de pause découverte dans notre temps de volontariat et d'amitié ; une fois trois jours dans le désert du Néguev, en Terre Sainte, en août dernier. J'aurai certainement une belle occasion d'aller découvrir un autre désert l'été prochain mais, en attendant ce futur voyage, ces deux expériences furent uniques en leur genre. Et nous, chrétiens, nous pensons souvent au désert lors du Carême car le Christ y fut 40 jours ! Voici ce qui était proposé dans l'évangile d'hier, 1er dimanche du Carême année B : 

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus venait d’être baptisé.
Aussitôt l’Esprit le pousse au désert
et, dans le désert,
il resta quarante jours,
tenté par Satan.
Il vivait parmi les bêtes sauvages,
et les anges le servaient.

Quarante jours de désert... Je n'aurai pas autant à en dire mais, pour méditer, je vous proposerai au long de ce Carême quelques billets de et du désert, parce qu'en Carême, nous n'en sommes jamais privés ! (Oui, bon d'accord, c'est très mauvais comme blague). 

 

Août dernier. Nous venions d'arriver en Terre Sainte et nous, groupe de "Bible sur le Terrain", nous ne nous connaissions pas encore. Mais voilà qu'à peine arrivés, nous avons été emmenés au désert pour y dormir, pour y prier, pour y vivre en y lisant la Bible. Il s'agissait durant ce premier jour de méditer sur les Commencements. 

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samedi, février 17 2018

Dans le secret de Son cœur

 

Pas de billet… mais alors, pas là pendant le Carême ? Si, je préfère chercher à christianiser mon usage de l’internet plutôt qu’en supprimer l’accès, mais en voyage scolaire au début de ce temps : au loin, dans la belle Andalousie, carrefour de la rencontre des cultures juive, musulmane et chrétienne, lieu où apprendre à mieux connaître celui qui diffère de moi.

 

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Et, durant ce temps, entrer en Carême pour la consacrée que je suis. Comment ?

Un temps, j’ai envisagé de jeûner comme l’Église le demande, comme je le fais habituellement, mais, avec 48 adolescents compliqués à gérer autour de moi, j’y ai renoncé : cela aurait été contraire à la plus élémentaire des prudences que ne pas chercher à être la plus en forme possible, pour mieux servir.

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Aller à la messe ? Mais quand aurais-je pu ? Certains m’avaient dit avant le départ que c’était facile : ils ignorent ce que c’est qu’accompagner un groupe hors pèlerinage chrétien. Alors, avant de partir, le samedi matin précédent, j’avais demandé à recevoir l’eucharistie hors messe comme pain et force de la route pour toute une semaine sans messe et j'en gardais le souvenir dans mon cœur, comme un trésor précieux. 

 

Entrer en Carême ?

Il ne me restait que le plus ordinaire de mes jours pour entrer en Carême bien pauvrement.

Ces jours qui ressemblaient parfois à des Cendres tant l’adolescence est un âge de construction souvent ingrat, souvent compliqué. Mais je sais bien que la finalité du Carême, c’est de mieux découvrir, sous ces Cendres imposées sur nos fronts au début de ces quarante jours, le feu de l’amour de Dieu.

Alors, tout mercredi, sans ces cendres, j’ai tout de même cherché à découvrir le feu de cet amour dans le cœur, dans la vie et dans les réactions parfois houleuses de ces ados qui nous étaient confiés. J’ai cherché à Le découvrir « caché au creux du monde comme un feu, puisqu’Il est avec nous ».

 

« Choisis en toute sécurité l’amitié du Christ. Il veut que tu Lui donnes l’hospitalité : fais-Lui un lieu (ps. 131, 5). Qu’est-ce que cela signifie : ‘fais-lui un lieu’ ? Ne t’aime pas toi-même ; aime-Le, Lui. T’aimer toi-même, c’est Lui fermer la porte. L’aimer, c’est la Lui ouvrir ».

(Saint Augustin, commentaire du ps. 131)

 

Exercice du regard, exercice du cœur, exercice de la prière : pour apprendre à mieux Le trouver pour mieux L’accueillir.

 

Mercredi des Cendres de pauvreté et de simplicité ;

Début de carême dans le secret de mon cœur,

Parce qu’Il est présent, agissant, aimant dans le secret du cœur de ces ados…

Ces ados aussi présents que toi ou moi, dans le secret de Son cœur.

 

Bon chemin de Carême à tous,

Tournés vers la joie de Pâques qui illumine déjà tout !

 

mardi, février 6 2018

Prix de la BD chrétienne 2018

 

Tous les ans, en parallèle du festival de la BD d'Angoulême, a lieu une remise du prix de la BD chrétienne, celui-ci a été décerné cette année à Vincent Henry et Brunot Loth pour John Bost - un précurseur chez "La Boîte à Bulles" 

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Confidence de taille : je ne connaissais pas du tout le fameux John Bost dont il est question tout au long de celle-ci alors qu'il s'agit d'un homme assez extraordinaire ! Un pasteur protestant qui, au coeur du XIXème s., choisit d'accueillir les pauvretés qui se présentent à lui en Gascogne. 

Au début, j'ai craint le verbiage à la limite de l'hagiographie - ce qui aurait été un comble pour un protestant - et puis je me suis laissée séduire par l'histoire : non, il ne s'agit pas là d'encenser un homme qui est montré justement avec ses réelles faiblesses mais bien sa suite du Christ. Au lieu de lancer projet sur projet sur un coup de tête, le pasteur Bost se laisse interpeler par ceux et celles qui croisent sa route. Dans l'indigent, il sait repérer un appel du Seigneur : alors, il sait qu'en Lui répondant, rien ne lui manquera. En résumé, c'est l'histoire d'un appel à vivre la charité pour de bon, intégralement.  

Alors que les premières pages sont bavardes, plus elles se tournent plus est laissée place à des bandes silencieuses, contemplatives presque de cette action effrenée, comme en écho de la prière qui fonde tout chez John. Une belle BD sur un beau personnage ! 

jeudi, février 1 2018

Ce qu'est l'unité... pour vivre

"Le principe de la vie est l'unification. La tendance à l'isolement est source de mort. Toutes les choses qui se séparent, qui se ferment ou qui cherchent à s'auto-affirmer finissent par mourir. Dans la création également, le principe de la vie se caractérise par l'unification, par les relations. La vie passe à travers les relations ; la mort triomphe en brisant celles-ci. Le péché a trompé l'homme en lui promettant que, s'il s'occupait de lui-même et s'il se conduisait selon sa propre volonté, il vivrait, il s'affirmerait. Ce mensonge du tentateur est devenu le cimetière de l'humanité. (...) 

Le bonheur se trouve dans l'unité, parce que l'unité est la garantie de la vie. C'est seulement dans une union qui n'exclut personne que la vie est garantie. Si une partie est exclue, c'est-à-dire repoussée dans l'isolement où couvent rancoeur et agressivité, tôt ou tard elle devient une menace pour tous, donc aussi pour elle-même. La vraie garantie de la vie est la communion de tous, sans exclure personne : une communion qui tient compte de tous, qui interpelle chacun, qui ne fait aucune pression, ne recourt à aucune violence, n'oblige pas à se mutiler pour entrer dans l'ensemble, mais qui, en affirmant tous, parvient à affirmer chacun. " 

RupnikAu regard de Dieu - l'examen de conscience 

 

mercredi, janvier 24 2018

Pierre et Mohamed, semence d'espérance

 

 

          En général, on connaît Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran, au moins de nom… Parfois, l’on sait qu’il fut assassiné (on peut en savoir plus en lisant ce dossier de La Croix qui lui est consacré) mais on sait rarement qu’il était accompagné de son jeune chauffeur musulman, Mohamed. C’est à cette rencontre entre deux hommes que ce petit livre, Pierre et Mohamed, est consacré : quelques pensées, de part et d’autre ; quelques réflexions de chaque côté, non isolées mais bien conçues en lien, en pont, bref, en amitié. Quand on se frotte par la quotidienneté de sa vie au dialogue islamo-chrétien, on ne peut que se sentir concerné. 

 

          Dans ce livre, dont le texte est joué au théâtre depuis plusieurs années, il ne s’agit pas d’une tragédie devant laquelle pousser des hauts cris, ni d’une dénonciation de la violence aveugle qui ne fait qu’empirer mais bien plutôt de graines de réflexion qui ne demandent qu’à germer. Ce dont il s’agit ici, c’est d’un appel : non à la tolérance souvent si condescendante mais bien à l’amitié vraie, celle qui nous permet d’entrer en dialogue avec l’autre, en restant nous-mêmes. Cultiver cette culture du dialogue en ces temps troublés, c’est très certainement d’une réelle actualité : on le perçoit a fortiori dans la postface inédite de l’auteur. Merci frère Adrien de ce bel ouvrage !

 

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« Toutes les religions sont sans cesse exposées à devenir des instruments d’oppression et d’aliénation. Ne laissons pas l’esprit être étouffé par la lettre. Nous pouvons lutter contre ces dénaturations de la foi, la nôtre comme celle des autres, en maintenant le dialogue malgré les remous de surface et les apparents durcissements. Le dialogue est une œuvre sans cesse à reprendre : lui seul nous permet de désarmer le fanatisme, en nous et chez l’autre. C'est par lui que nous sommes appelés à exprimer notre foi en l'amour de Dieu qui aura le dernier mot sur toutes les puissances de division et de mort. » (p. 37)

 

fr. Adrien Candiard (o.p.), Pierre et Mohamed, éd. Tallandier, 2018, 77 p.

lundi, janvier 22 2018

Bakhita chance et grâce pour le lecteur

 

Peut-être que vous connaissez déjà l’histoire vraie de Bakhita, histoire complètement improbable d’une petite fille enlevée comme esclave au Darfour, devenue domestique puis religieuse en Italie et enfin sainte ? Elle resterait improbable cette histoire si elle n’était toute pleine de grâce et c’est cette histoire à la foi si simple et en même temps si bouleversante que Véronique Olmi a entrepris de raconter dans son livre éponyme : Bakhita (éd. Albin Michel, 2017).

 

Le début est rude : c’est l’histoire d’un arrachement, de la violence humaine souvent bestiale et des espoirs déçus et, dans le même temps, celui de la vie plus forte, malgré tout ; le tout dans un style souvent dur également qui évolue en même temps que la vie de Bakhita. Une découverte de l’amour et de la confiance toujours plus forte dans sa vie. Cela donne simplement un magnifique livre qu’on quitte à regret.

 

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« Bakhita se demandait comment, avec quels mots lui dire. Elle connaissait certaines questions à l’avance, sur ses bourreaux, le pardon, sa conversion, et ce qu’elle avait à répondre lui paraissait toujours autre chose que ce qu’on attendait. C’était différent, et aussi plus simple. Ses bourreaux ? Elle les avait depuis longtemps confiés à el Paron, elle ne s’en encombrait pas, mis à part bien sûr quand ils décidaient de lui rendre visite dans les longues nuits de cauchemars. Mais elle est soulagée d’eux, parce que Dieu pardonne pour elle. Elle est sa fille et Il fait cela pour elle. Est-ce que ses histoires sont vraies ? Est-ce que ces souvenirs sont les siens ? Mais rien n’est vrai, que la façon dont on le traverse. Comment leur dire ça ? En vénitien ? En italien ? En latin ? Elle n’a aucune langue pour ça, pas même un mélange de dialectes africains et d’arabe. Parce que ça n’est pas dans les mots. Il y a ce que l’on vit et ce que l’on est. A l’intérieur de soi. C’est tout. » (p. 370-371)

 

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