Zabou the terrible

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samedi, septembre 22 2018

Silence, je vous prie ?

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Georges Rouault


Et venir, encore et toujours, soir après soir, jour après jour, 

Prendre ce temps avec Toi, silencieusement, à écouter Ta Parole : 

J’ai plein de trucs à Te dire, sans doute à récriminer un peu aussi 

(Tu avoueras qu’il y a de quoi, non ?) 

 mais je ne sais même pas trop par quoi commencer, 

Alors, je me tais, devant ce coin prière où j’aime non pas passer du temps mais bien prendre du temps, surtout quand je ne l’ai pas et que j’y viens en fin de semaine, un peu harassée. 

 

Tu sais, le long de la semaine, j’aimerais vraiment bien être comme les deux belles icônes qui l’ornent : 

J’aimerais être comme st Jean-Baptiste pour Te désigner en toute chose et T’annoncer même quand le désert semble l’emporter comme aujourd’hui ; 

J’aimerais être comme st Pierre et st Paul, ces colonnes de l’Église, capables de porter Ta parole à chacun, solidement et amoureusement, même dans les communautés où règne le scandale ou, parfois, le paganisme indifférent à Dieu. 

 

J’aimerais tant savoir quoi dire en toutes les circonstances compliquées du jour : celles de l’Église et les galères plus personnelles que je vois autour de moi et j’ai l’impression de ne pas du tout y arriver ; 

J’aimerais tant, Tu sais, jeûner et prier, non pas un peu, mais à fond comme le pape François nous y invite, nous tous, peuple de Dieu, et je vois bien que mes actions sont minimes ;  

J’aimerais tant réussir à ne pas stresser intérieurement à chaque problème rencontré, et je sais bien que la confiance en Toi n’est pas encore une compétence suffisamment acquise, n’irriguant pas suffisamment les profondeurs de mon être ; 

J’aimerais tant savoir aimer même mes élèves les plus compliqués et, comme chaque année, je vois bien à quel point ce n’est jamais franchement gagné cette conjugaison sans faute du verbe « aimer »… 

La liste est longue mais Tu la connais par cœur et, sur le premier point, je crois que nous, catholiques, arrivons décidément à peu de choses, autrement qu’à en rester choqués, partant cois. 

 

J’aimerais… mais j’aime aussi simplement être là, avec Toi. 

Ce soir, j’ai écouté Ta Parole et laissé poser et reposer le silence,

Silence à peine troublé par les bruits de la vie alentour qui s’endormait, 

Ce silence par lequel Tu veux aussi toucher mon cœur, 

Ce silence qui sait régner entre ceux qui se connaissent suffisamment bien pour demeurer ensemble ainsi, en silence, 

Car l’amour s’y dit aussi, différemment mais très profondément, 

Et peut-être d’ailleurs que c’est cet apprentissage du silence d’écoute, fraternel et aimant, 

En nous taisant au lieu de parler à tort et à travers, à l’écoute du bruit d’un fin silence

Que Tu veux nous apprendre à vivre avec Toi,

Pour apprendre à le vivre avec tous. 

 

jeudi, septembre 20 2018

Mieux qu'un capitaine à bord, un évêque sur sa cathèdre !

 

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« Faire la fête en Eglise en ces circonstances ecclésiales difficiles ? Célébrer une ordination épiscopale ? » … Eh bien, oui, malgré tout, parce que l’Église demeure et qu’elle continue à nous donner le Christ et qu’il n’y a tout de même pas mieux possible que cela ! Ce fut dimanche à Nanterre et cela restera gravé en ma mémoire : non seulement parce que c’était la première que je voyais, avec ses rites magnifiques si signifiants, en chair et en os, et non pas d’un œil distrait sur mon ordinateur, mais aussi parce qu’il s’agissait d’un évêque que je recevais comme tel pour mon diocèse, comme diocésaine et, encore plus spécifiquement, comme vierge consacrée dépendant directement de lui. Accueil tout spécial de celui qui aura la charge de nous conduire, nous ses brebis, sur les verts pâturages du Seigneur, tel le Bon Pasteur : Dieu sait – c’est le cas de le dire – si la charge est lourde et peu aisée ! 

 

« Avoir un nouvel évêque, c’est avoir un nouveau patron seulement ? Pas super original, c’est juste une occasion de faire la fête ». Certes mais, pour nous les chrétiens (qui aimons, de fait, faire la fête), un évêque, ce n’est pas le patron, ce n’est pas le boss : c’est avant tout un Serviteur (« Serviteur des serviteurs de Dieu » se fait appeler le pape, autrement dit l’évêque de Rome), un serviteur du seul « Boss » qui, Lui-même s’est fait tout petit, homme, et obéissant jusqu’à la croix. Pas de quoi parader mais, peut-être de quoi frémir pour lui tant, par son ordination épiscopale, il est désormais configuré au Christ en plénitude et entre dans cette grande succession apostolique ininterrompue depuis les premiers siècles. J’ai aimé voir mon nouvel évêque ému durant cette célébration : je ne suis pas dans son cœur mais j’imagine qu’en recevant cette charge, on se sent tout petit, tout simple instrument, et qu’on perçoit combien Dieu est grand ! 

 

            Et, à l’instar de la messe chrismale, l’ordination et l’installation d’un nouvel évêque, c’est une fête de la grande famille que constitue un diocèse en toutes ses composantes : on en accueille un nouveau membre, dans une spécificité toute particulière, car sans cet être qui nous manquait jusque-là, nous serions foncièrement dé-peuplés, moins « peuple de Dieu en marche »

 

Ainsi donc, les évêques ont reçu, pour l’exercer avec l’aide des prêtres et des diacres, le ministère de la communauté. Ils président à la place de Dieu le troupeau, dont ils sont les pasteurs, par le magistère doctrinal, le sacerdoce du culte sacré, le ministère du gouvernement. De même que la charge confiée personnellement par le Seigneur à Pierre, le premier des Apôtres, et destinée à être transmise à ses successeurs, constitue une charge permanente, permanente est également la charge confiée aux Apôtres d’être les pasteurs de l’Église, charge à exercer sans interruption par l’ordre sacré des évêques (Lumen Gentium, §20)

 

Alors, c’est une joie immense et combien elle se ressentait sur les visages et se reflétait à la sortie de la cathédrale ! 

 

            D’ailleurs, ce n’est pas un « programme d’action » que nous a donné notre nouvel évêque à la fin de la célébration mais bien des intentions de prière comme un signe du seul grand axe profond de son épiscopat, celui de la prière, de la relation à Dieu, où et en Qui tout trouve source. Et peu importe les réflexions entendues ici ou là à la sortie, les paris sur l’avenir : « il va être comme ceci ou comme cela », qu’importe s’il nous mène mieux à Dieu ! Et il est là pour cela, a fortiori dans les circonstances actuelles tragiques où le bon cap semble parfois difficile à distinguer. 

 

              A nous d’être de bons « Simon de Cyrène » pour l’épauler comme nous pouvons et, avant tout, par notre humble mais fidèle prière. 

vendredi, septembre 14 2018

François, l’homme touché et touchant

 

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            Annoncé depuis des mois, voici enfin en salle depuis ce mercredi 12 le film de Wim Wenders consacré au pape François. S’il me semblait indispensable d’aller le voir, je craignais d’assister à une pieuse et pontifiante (c’est le cas de le dire) hagiographie, peu porteuse, qui eût été rater l’Essentiel et encenser un homme.  

 

            Alors, certes, certains moments m’ont agacée sur ce plan précis, notamment une comparaison malheureuse de François avec ses prédécesseurs lors d’un moment de narration de la voix off mais ils sont bien peu de choses par rapport à tout ce que j’ai aimé dans ce film, permettant une remarquable mise en perspective du pontificat du pape François sous l’angle assumé de son premier geste prophétique : le choix de son nom. 

 

            C’est vrai et je n’y pense pas assez personnellement : quels sont les choix que pose le pape François et qui peuvent être reliés au grand saint d’Assise ? Ils sont en réalité nombreux et permettent de comprendre mieux que jamais la cohérence de son pontificat (bon, certes, la grande cohérence restant le Seigneur !). 

 

           Alors, en regardant ce film, peut-on dire Le pape François, un homme de parole comme l’annonce son titre ? Je n’en suis pas certaine. J’aurais plutôt précisé, en admirant les beaux plans du film et surtout les gestes posés, décidés, assumés, accompagnés certes de paroles fortes : « François, un homme touché et touchant », dans tous les sens que l’on peut donner à ces deux termes. Un homme qui écoute – il y invite clairement dans le film – à fond, qui se laisse toucher par Dieu et par la misère du monde, jusqu’à celle de la terre et touchant, touchant parce qu’il est à la fois une personnalité et pas grand-chose et touchant parce qu’il a cette incroyable aptitude au contact, à toucher les malades et à toucher les cœurs, parfois même ceux des plus puissants. 

 

          Et je l’avoue, j’ai plusieurs fois été émue, en me disant : « ce qu’il a raison ! » ou devant les situations qui te tordent les entrailles si tu as une once d’humanité et de compassion. De plus, le bonhomme laisse comme toujours transparaître une belle simplicité ou plutôt une authenticité qui permet d’y croire, de le croire. Cet homme n’est pas parfait, on le sait tous, il est humain, comme nous, alors parfois on a envie de dire, quand la narration se fait trop élogieuse, « la ferme » car ce n’est pas rendre service au film qui montre si bien cette lourde charge de diriger la barque de Pierre au milieu du monde. Mais on perçoit bien combien ce pape cherche à nous tracer un chemin, à travers les cahots de la vie, vers plus de vie et vers la Vie justement : alors merci pape François et merci à Wim Wenders pour cette belle œuvre ! 

 

 

jeudi, septembre 13 2018

Dites 33

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            Avant-hier, comme certains l’ont vu ou su ici ou là, j’ai eu 33 ans. Cette date d’anniversaire, finalement peu importante, a tout de même quelque chose d’un sympathique rituel de rentrée, permettant de retrouver quelques amis proches pour l’occasion après la relative séparation estivale. Cette année, toutefois, j’ai 33 ans, l’âge qu’on associe généralement au Christ, point anecdotique que je trouve très chouette.   

 

            Vrai ou faux cet âge du Christ au moment de sa mort et de sa résurrection ? Peu m’importe. J’ai désormais le même âge que le Bien Aimé, que Celui avec lequel j’ai décidé d’unir ma vie d’une manière toute particulière. En même temps, vous me direz qu’Il est éternel ? Certes mais, tout de même, Il s’est incarné, ce qui est extrêmement loin d’être dénué d’importance pour un chrétien ! 

 

            Je me dis que c’est un appel tout particulier à laisser résonner Sa vie en moi cette année où nous avons en quelque sorte le même âge – du coup, j’ai décidé de développer ma lectio divina de cette année tout entière autour d’un évangile (St Luc en l’occurrence, année C arrivant oblige). Mais, en même temps, je ne peux pas m’empêcher de me dire : « wouah ! Jésus, à 33 ans, Il a sauvé le monde ! Trop la classe ! J’ai franchement le meilleur époux qui soit ! » et… moi ? Ben, hum, pas pareil, c’est franchement pas gagné. 

 

            Mais pourtant, moi, je n’ai pas à sauver le monde, à 33 ans ni plus tard. Oh, parfois, a fortiori quand on a un tempérament quelque peu fonceur comme le mien, on a envie de se laisser prendre au jeu du sauveur de nos frères mais, sincèrement… c’est déjà fait ! Et c’est cela qui importe ! 

 

            Dieu ne me demande pas de sauver le monde, Il me demande de lui être, parfois, cette « humanité de surcroît » pour Le porter à mes frères. En fait, à 33 ans, comme avant, comme après, comme jusqu’au dernier jour de ma vie, Il me demande, humblement, de Le suivre toujours plus intimement, pas à pas, comme je peux, même en trébuchant, même en me ramassant bien une bonne gamelle, mais toujours avec Lui. 

 

            Alors, à 33 ans, je ne ferai pas d’action grandiose, je me contenterai du pas à pas émerveillé à la suite du Christ, dans Son compagnonnage si amoureux et si joyeux qu’Il nous pousse à chercher à l’imiter. Cette marche, toute simple, c’est ma plus grande joie et, comme programme d’année… ce sera bien assez pour moi ! 

 

lundi, septembre 10 2018

Ensemble

 

J’ai compris que si la course (du salut) demeure en dernier recours une affaire individuelle, elle se déploie tout entière dans une dimension communautaire qui n’a rien d’inessentiel. La remarque vaut par exemple pour l’utilité des conseils reçus de « ceux qui savent » - les entraîneurs et les vétérans – et peuvent donc diriger le coureur mieux qu’il ne le ferait lui-même ; pour cette joie, si présente au départ des épreuves populaires, qu’engendre le fait d’être rassemblés dans la course ; et pour l’étonnante efficacité des secours procurés par ces petits gestes ou mots de solidarité et d’encouragement que les coureurs partagent quand s’installent la fatigue et la peine. 

 

in Denis Moreau, Comment peut-on être catholique ?p. 182

dimanche, septembre 9 2018

Encore une rentrée ?

 

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            Une de plus ? Rien à découvrir ? Pas vraiment, non : est-il vraiment une rentrée semblable à une autre ? Même s’il est des rites incontournables pour entrer en l’année scolaire, les rentrées se succèdent sans jamais être similaires, apportant leur parfum de neuf, d’inconnu, d’aventure, même ! 

 

En tout cas, ça y est, je les ai tous rencontrés, ces environ cent élèves répartis en quatre classes : des visages certes déjà connus pour beaucoup mais aussi d’autres simplement croisés ou encore pleinement inconnus. Les vacances leur ont fait gagner qui une dizaine de centimètres (ah le petit 4èmedevenu grand 3èmequi te lance avec une immense fierté : « Madaaaaame ! Je vous ai dépassée, ça y est !!! »), qui un joli hâle, qui un beau sourire où la joie de l’été ne s’est pas éteinte sur un visage qui fut jadis si fermé. Ces changements physiques rappellent très clairement qu’il ne faut pas les enfermer dans ce que l’on connaît déjà d’eux, en bien ou en… moins heureux ! Que sera cette année ? Que sera cet enfant ? Ce n’est pas au professeur de le décider ou de le deviner et c’est heureux. 

 

            J’éprouve de plus en plus de la joie à la rentrée, non des diverses réunions qui, elles, ne m’enchantent guère, mais de découvrir, de faire connaissance, d’apprendre à rencontrer ces jeunes esprits qu’il faudra aider à former, à faire grandir. Et cela, c’est une grande mission, si belle que je pense qu’on ne s’y habitue jamais tout à fait : elle est différente à chaque rentrée. 

 

            Comme tous les ans, j’ai glissé une nouvelle liste de noms dans mon coin prière, ceux de « ma » classe, une manière comme une autre de me rappeler de toujours prier pour eux – après tout, ils ont écopé sans le savoir d’une consacrée comme prof principale – et, surtout, que c’est un plus grand que moi, le meilleur de tous les pédagogues (et pourtant, il a eu du boulot avec l’être humain !) qui forme et qui doit former à travers moi. Cette année, de surcroît, c’est en 3èmeque j’assurerai cette mission avec ce que cela comporte d’implications en termes d’aide à l’orientation et, même si j’ai confiance, je ne fais pas franchement la fière tant ce sont de premiers vrais choix de vie pour certains : Seigneur, je vais avoir besoin de Toi !

 

Alors, Seigneur, fais avec moi cette année comme avec le sourd-muet de l’évangile du jour, s’il Te plaît : 

Ouvre mes oreilles et surtout celles de mon cœur : donne-moi d’apprendre à écouter Ta parole pour écouter ensuite mes élèves à fond dans ce qu’ils bafouillent de leurs grands désirs ; 

Délie ma langue de ce qui l’entrave vers la Vérité et la justesse ; 

Donne-moi de parler correctement, c’est-à-dire dans une charité sans faille, qui sache trouver le mot juste pour encourager, pour reprendre sans décourager et sans me décourager, pour orienter et réorienter ce qui doit l’être, pour tirer vers le haut, pour pousser et ramener celui qui est à la traîne, pour enseigner, bref pour exhausser plutôt qu’exaucer. Amen.  

 

dimanche, août 26 2018

Miserere nobis

 

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Au nom du Père du Fils et du Saint Esprit. 

Tracer sur soi ce « signe indélébile de Son amour », et se préparer à demander pardon. 

 

Je confesse à Dieu… Kyrie eleison ; 

Seigneur, prends pitié : pardon ! Pardon, pardon, pardon !!! J’ai envie de le crier aujourd’hui. 

Dans l’Église, nous ne sommes pas des Caïn, nous sommes responsables de notre frère, de nos frères. 

Pardon Seigneur pour tous ces « petits » qui sont les tiens, où Tu demeures, et qui ont été blessés d’une manière terrible. 

Pardon Seigneur à Toi, pardon à eux, j’ai envie de leur dire à genoux, pour me mettre pleinement à leur hauteur, humblement. 

Je ne saurais leur demander pardon correctement mais je crois qu’on ne leur demandera jamais suffisamment pardon : pour les actes et de toutes les complicités pour garder obscur ce qui aurait dû être révélé en pleine lumière, pour soigner, pour redresser, pour guérir. 

 

Et puis, le Gloria : 

… Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris, qui tollis peccata mundi, miserere nobis… 

C’est Toi qui as déjà porté et continues de porter le péché du monde : mon Dieu, Toi le Miséricordieux, porte-les…

 

Parce que nous sommes les membres de Son corps disait la deuxième lecture. 

Parce que l’Eglise, ce n’est pas « eux », c’est « nous ». 

Et pardon Seigneur pour leurs agresseurs, parce que, dans l’Église, le péché d’un seul concerne bien nous tous, réellement et spirituellement : 

 

Parler de péché social veut dire, avant tout, reconnaître que, en vertu d'une solidarité humaine aussi mystérieuse et imperceptible que réelle et concrète, le péché de chacun se répercute d'une certaine manière sur les autres. C'est là le revers de cette solidarité qui, du point de vue religieux, se développe dans le mystère profond et admirable de la communion des saints, grâce à laquelle on a pu dire que "toute âme qui s'élève, élève le monde" (É. Leseur). A cette loi de l'élévation correspond, malheureusement, la loi de la chute, à tel point qu'on peut parler d'une communion dans le péché, par laquelle une âme qui s'abaisse par le péché abaisse avec elle l'Église et, d'une certaine façon, le monde entier. En d'autres termes, il n'y a pas de péché, même le plus intime et le plus secret, le plus strictement individuel, qui concerne exclusivement celui qui le commet. Tout péché a une répercussion, plus ou moins forte, plus ou moins dommageable, sur toute la communauté ecclésiale et sur toute la famille humaine. (Jean-Paul iiReconciliatio et pænitentiae, §16) 

 

Alors, même à ceux qui viendront mépriser notre appartenance à l’Église certains jours plus visiblement constituée de pécheurs que sainte, il ne sera peut-être pas de trop de demander aussi « pardon ».

 

Et l’évangile qui vient se poser là où il faut sur nos questionnements : 

- Voulez-vous partir, vous aussi ?

- Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.

 

Alors prier éperdument, 

Alors T’adorer, 

Alors Te recevoir dans Ta parole et dans Ton pain de Vie pour être uns dans l’Amour, en Église, malgré tout. 

 

Il est évident que le spirituel ne suffira pas, qu’il faut mettre les faits en lumière et poser des sanctions et des critères nets, aussi bien de discernement que de fonctionnement pour que « JAMAIS PLUS ! ». 

 

Mais il est aussi évident que c’est à genoux, en adorateurs vrais du Père, en nous approchant de Sa Lumière qu’Il nous donne, Lui qui est la Vérité, que nous saurons à notre tour lutter contre les ténèbres, arrêter toute conspiration du silence, en résumé être ce qu’Il nous appelle à être pour nos frères : non des conspirateurs préférant l’ombre pour agir mais bien lumières du monde, appelés à servir et à aimer en plein jour. 

 

samedi, août 25 2018

En maturation de rentrée

 

Un extrait de la belle préface de Mgr d’Ornellas au livre de Marguerite Léna L’Esprit de l’éducation (éd. Parole et Silence), comme pour se préparer à notre rentrée d’éducateurs… et des mots peut-être particulièrement bienfaisants en ces temps troublés (oui, la citation est assez longue mais cela le mérite) : 

 

            L’éducation est inhérente à la vie humaine. Quand le petit d’homme vient au monde, il est livré au geste éducateur qui l’accueille. Quel que soit ce geste, le plus simple, le plus normal comme celui de la jeune accouchée vis-à-vis de son nouveau-né l’accueillant sur son sein, ce geste porte en lui confiance, sécurité, amour et croissance. Il est éducateur. Le petit d’homme est livré à l’éducation. Ainsi en est-il de toute vie humaine grandissante. C’est pourquoi les adultes ont, par le fait même qu’ils sont adultes, la noble mission de l’éducation. Ainsi en est-il de toute vie humaine arrivée à maturation. Nous ne nions pas la spécificité de la tâche de l’éducation dans les métiers qui la requièrent de façon particulière. Mais, au-delà ou en amont de ces tâches spécifiques et nécessaires, que nous le voulions ou non, il est une attitude de l’être et de la présence, une qualité de la parole, qui sont éducatives ou, au contraire, ne le sont pas. 

            Tel est le lien « fraternel » qui relie les générations. Tous, nous recevons d’un « frère » aîné ! « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » lit-on dans l’Écriture Sainte. C’est un frère en humanité, arrivé à maturation, qui fait advenir en son semblable encore enfant ou jeune, la pleine force de la dignité humaine. Nul ne conquiert la liberté dans un combat solitaire. Même si nul ne peut advenir à la liberté à la place d’un autre, ce chemin qui y conduit se parcourt avec un guide, un « frère » davantage expérimenté, un aîné. La relation adulte-enfant est singulière. Elle a sa figure originale et spécifique. Elle est d’une autre nature que la relation adulte-adulte ou enfant-enfant. Ne pas le discerner est source de méprises graves et, parfois, mortelles. 

            La Bible dévoile à quelle profondeur la vocation de l’éducation est inscrite au sein de toute vie humaine. Le peuple d’Israël, après de longues années de vie avec son Dieu, semée de joies et de désespoirs, de refus obstinés et d’élans de confiance, finit par entendre l’appel qui le fait vivre : « Écoute, Israël, Unique est le Seigneur ton Dieu. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force ». Jésus, Messie d’Israël, n’aura pas d’autre ambition que de le refaire entendre au Peuple que son Père ne cesse d’enfanter au milieu du monde. A la question qui lui est posée sur le « plus grand » commandement parmi tous ceux que contient la Loi de Dieu, il répond sans hésiter : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit ». (Mt 22,37). 

            Mais sait-on la portée exacte de ce « plus grand » commandement ? Lisons-le en entier : « Tu aimerais le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Que ces paroles que je te dicte aujourd’hui restent dans ton cœur ! Tu les répéteras à tes fils, tu les leur diras aussi bien assis dans ta maison que marchant sur la route, couché aussi bien que debout… » (Dt 6, 5-6). Ainsi, dans le « plus grand » commandement, celui qui donne la vie, est inscrit l’acte de l’éducation, de la transmission aux fils. Impossible de recevoir de Dieu « le plus grand commandement », sans entendre de Lui l’invitation à entrer avec générosité dans la tâche éducative. Celle-ci appartient à ce qu’il y a de « plus grand ». 

            Cette tâche n’est pas un fardeau ni une nécessité à laquelle il faudrait se résigner, elle est une joie, elle est une source de vie, tant pour le « fils » que pour celui qui éduque. Car l’acte éducatif fait être vraiment homme celui qui le pose, vraiment femme celle qui s’y adonne. Et chaque adulte ne se trouve en vérité que quand il transmet à la génération qui le suit ses propres raisons de vivre en liberté et en paix. 

 

Mgr Pierre d’Ornellas

 

 

dimanche, août 19 2018

Actualité eucharistique

En ce temps-là, Jésus disait à la foule :
    « Moi, je suis le pain vivant,  qui est descendu du ciel :  si quelqu’un mange de ce pain,  il vivra éternellement. 
Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. »

Au gré des lectures, ces quelques lignes tirées du Cahier de la NRT sur Le Sacerdoce, humain et divin, masculin et féminin comme en écho de ce que dit le Christ dans l'Evangile du jour sur le pain de Vie, qui concerne chacun personnellement mais encore Son peuple qu'est l'Eglise, pour nous aider à vivre encore plus pleinement chaque messe, chaque eucharistie. 

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Jean Bazaine, L'Eucharistie, vitrail de l'église Saint-Séverin (Paris)

Voir l'Eglise comme naissant actuellement et constamment de la mort de Jésus, c'est voir qu'il n'y a d'Eglise que par le sacrement de l'eucharistie. L'eucharistie est, en effet, - au sens le plus fort du mot - la représentation de la mort de Jésus. L'Eglise naît donc incessamment de l'Eucharistie. Là, chaque jour, est à nouveau suscité comme Eglise, par la Parole et la mort de Jésus, le peuple chrétien toujours à nouveau informe et languissant s'il se sépare de la source dont il sort, en reléguant celle-ci dans le passé. Considérer l'Eglise à part de l'actualité eucharistie, c'est la réifier, c'est ne plus voir en elle que sa réalité sociologique, juridique, morale ou même dogmatique, séparée de sa réalité proprement spirituelle de Corps vivant du Seigneur. 

Mais l'eucharistie n'étant pas simplement répétition d'un geste ou d'un rite, mais actualisation, elle est inséparable de la parole. La parole humaine est, à l'intérieur d'un langage commun et universel, l'irruption d'une rencontre ou d'un événement actuels. Ainsi l'eucharistie est-elle aussi actualisation de la Parole de Jésus. Non simple lecture de sa Parole écrite, mais proclamation, présentation, explication, mise en rapport de cette Parole avec l'aujourd'hui de la vie, prédication. Aujourd'hui comme hier, l'Eglise est donc créée, suscitée, rassemblée, par l'actualité de la Parole de Jésus, prêchée dans l'Esprit Saint. 

J.-M. Hennaux, s.j. "Le sacerdoce, vocation ou fonction ?",  Le Sacerdoce, humain et divin, masculin et féminin, Cahiers de la NRT, CLD éditions, 2018, p.58-59

jeudi, août 16 2018

Aimer vraiment (par Shûsaku Endô)

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Notre Seigneur s'était bien mis en quête des guenilleux et des malpropres. Il méditait ce fait tandis qu'il gisait sur sa couche. Parmi ceux dont parle l'Ecriture, le Christ avait poursuivi de son amour l'hémoroïsse de Capharnaüm, la femme adultère que les hommes voulaient lapider, des êtres laids et sans attraits. N'importe qui peut être séduit par la grâce et le charme. Peut-on appeler amour cette inclination ? Le véritable amour, c'est d'accepter une humanité avilie, pareille aux chiffons et aux loques. 

Théoriquement, le prêtre savait tout cela, néanmoins, il ne pouvait pardonner à Kichijiro. Une fois de plus, le visage du Christ, en larmes, s'approcha du sien, et son doux regard l'emplit de honte. 

 

In Shûsaku Endô, Silence

mercredi, août 15 2018

Pour mieux connaître les vierges consacrées

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En ce jour en l'honneur de la Vierge Marie, BFMtv en profite pour parler des vierges consacrées, s'efforçant de dire "oui" au Seigneur à leur humble mesure (pas gagné, heureusement qu'il y a Sa grâce !). Bref, pour mieux découvrir notre vocation, n'hésitez pas à aller lire cet article auquel deux vierges consacrées du diocèse de Paris et moi-même pour le diocèse de Nanterre participons par nos témoignages : 

"Mariées au Christ, religieuses hors les murs, qui sont les vierges consacrées ?

 

Marie comme témoin

 

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C’était il y a environ huit ans, nous rentrions des obsèques de mon grand-père. J’avais conduit religieusement à l’aller tout comme je m’efforçais de le faire au retour vu la constitution de ma voiture : d’une part ma grand-tante religieuse et d’autre part l’ami d’enfance prêtre de mon aïeul qui avait célébré la messe. De mon côté, je n’avais encore rien dit sur le grand désir, le grand projet qui habitait mon cœur – même si ma perspicace grand-tante en avait deviné quelques brins – et j’étais heureuse d’avoir une occasion de les côtoyer plus longuement, dans une voiture finalement très pieuse. 

 

 Sur la route chargée d’émotions qui nous ramenait d’un fameux petit village de l’ouest vers la région parisienne, le père J. de s’exclamer : « Voici les clochers de Chartres ! Dans ma famille, on priait la Vierge Marie dès qu’on apercevait la cathédrale sur la route. Je vous propose de chanter le Salve Regina pour votre famille ». Et nous voilà de chanter tous les trois dans la voiturette, avec leurs voix marquées par l’âge et la mienne peu assurée, et de continuer à prier ensemble quelques minutes. C’était simple et c’était très beau. 

 

J’ai gardé précieusement ce souvenir dans mon cœur et, souvent, j’y pense quand je passe du côté de Chartres : je souris de ce beau moment et je prie pour ces deux aînés dans la foi, géants de la fidélité au Seigneur, qui s’éteignent doucement dans le très grand âge. Ce soir, alors que je rentrais de vacances, c’est entre chien et loup que j’ai aperçu au loin les majestueux clochers dominant la Beauce. Et, en cette veille de l’Assomption, est monté naturellement de mon cœur, cette fois avec assurance, comme un passage de témoin réussi, un Salve Regina, cette lente et belle mélodie qui semble courir le long des siècles, au fil des générations qui la disent bienheureuse et des « oui » à son exemple. 

 

O clemens, o pia, o dulcis Virgo Maria

 

samedi, août 11 2018

En la sainte Claire

 

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J’aime m’imaginer Claire d’Assise… 

J’aime l’imaginer comme une femme pleinement vivante,d’une incroyable légèreté, 

Souffle de vie et de joie, 

Presque tout entière élan du cœur en sa personne. 

 

Élan qui la pousse à vouloir rejoindre François et, derrière lui, le Christ seul,

Élan qui la pousse à tout donner : sa jeunesse, sa beauté, sa richesse et, surtout, sa vie tout entière, parce qu’elle aime.

Élan d’amour faite femme. 

 

Claire n’est que folie, 

Folie de vouloir s’inscrire dans un ordre qui n’existe même pas encore, 

Folie de vouloir faire comme un autre fou, 

Folie de vouloir suivre le Christ, 

Folie d’aimer à corps perdu, 

Folie de vouloir n’avoir presque pour seule règle que la pauvreté, 

Folie parce qu’amour,

Sagesse parce qu’amour du Christ. 

 

Claire veut n’embrasser que la pauvreté, 

N’avoir pour seule richesse que le Christ, 

Chez elle, il n’est pas besoin d’aller jusqu’aux « pauvres de cœur », 

Elle est pauvre tout court, tout simplement

Mais le royaume des Cieux est à elle !  

 

Quand on ne possède plus rien, 

Quand le cœur est libre de s’élancer, 

Quand le cœur est libre d’aimer,

Il est prêt à recevoir, à être comblé 

A rayonner de la lumière d’un Autre. 

 

vendredi, août 10 2018

A pied mais dans Ses mains

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En sortant de confession, il m'avait dit, alors que je m’apprêtais à partir pour une semaine de pèlerinage avec des jeunes adultes sur le chemin d’Assise : "surtout, prends souvent la main du Bon Dieu". 

 

Dans ma tête, en entendant cela, j'ai pensé à tous les péchés, à tous les « ratés » de ma vie et à la main du Seigneur qui venait toujours m’y relever : c’était très vrai, très essentiel et je venais encore de le vivre. Mais en marchant, concrètement, comment prendre la main du Seigneur ? 

 

Prendre Sa main, c’est sans doute avant tout cette attitude profonde de la prière, appelée à devenir celle de notre vie : celle des heures qui rythme le temps et qui commence toujours par un bel appel à l’aide ; celle de la prière du cœur, courte ou longue, pour grandir en confiance et pour que ma main, timide, ose pleinement aller vers Lui particulièrement quand elle se fait intercession ; celle de la prière en petite communauté de pèlerins ou encore celle de la messe où, bien mieux qu’une simple main, nous Le recevons tout entier. 

 

Prendre Sa main, cela passe aussi par le service concret des autres et par la recherche de mener la vie la plus évangélique possible : c’est un acte de conversion de vie, pas celui d’un instant. 

 

Mais est-ce vraiment prendre Sa main ou plutôt se la laisser saisir qu’être émerveillée par la magnificence d’un paysage de montagne ou par celle d’un cœur au détour d’une conversation ou d’un acte de charité, pleinement fraternel ?

N’est-ce pas surtout se laisser saisir la main, voire être saisie tout entière, que d’avoir bien souvent le cœur en action de grâces de la beauté de ce qui se vit dans un pèlerinage partagé ? 

 

Peut-être qu’en réalité, on ne peut que tendre notre main vers Lui plutôt que L’agripper – Il échappe à ces tentatives-là ! –, avec la confiance du jeune enfant l’élevant pour la glisser dans les grandes mains rassurantes de ses parents, a fortioriquand sa marche est mal assurée.

Et, alors, si nous élevons main et cœur vers le Seigneur, c’est Lui qui vient toujours prendre notre main dans les Siennes, marchant avec nous et nous donnant la stabilité nécessaire pour, ensemble, avec des frères, mieux nous édifier et nous élever vers Lui. 

 

C’est ainsi qu’en pèlerinage à plusieurs, nous pouvons expérimenter qu’Il nous a gravés sur la paume de Ses mains (Is 49, 16) et qu’Il nous y tient solidement, car amoureusement. 

 

 

 

 

mercredi, août 8 2018

La Prière

Un mois de vacances... qui s'est écoulé bien vite et avec une variété certaine ! ! Il y aurait tant et tant à raconter, à recenser, à gribouiller et ce qui apparaîtra ici dans les jours à venir restera bien en-deça de toutes les merveilles dont j'ai pu être témoin ! :-) On commence par une toute petite recension du film La Prière.  

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J'avais raté ce film au cinéma lors de sa sortie et étais donc bien contente de sa disponibilité en VOD. Parler de la prière, montrer la prière ? Défi assez difficile s'il s'agit réellement du but du film tant il s'agit de montrer quelque chose d'indicible. Certes, on peut parler de la prière mais représenter avec justesse ce qui est de l'ordre d'une relation intime et amoureuse avec le Seigneur ? Trop complexe pour éviter les écueils. 

Alors, ici, il ne s'agit pas à proprement parler de montrer une prière ou de faire un exposé bien construit par un spécialiste mais, a contrario, de ce qui est le meilleur début : un jeune type perdu, souffrant d'une addiction à la drogue. Ce garçon, Thomas, est loin, très loin, d'être un spécialiste et c'est justement ce qui est intéressant : il est pauvre et a besoin de temps pour se reconnaître comme tel et pouvoir enfin entrer dans cette relation qui n'est que don. Nous le suivons tout au long de sa reconstruction, passant par une communauté ressemblant à celle du Cenacolo. Dans celle-ci, il n'y a rien sinon la communauté et ce qu'elle offre : le travail, l'amitié et la prière, le tout vécu dans la nature. C'est rude et c'est beau tout à la fois et le cinéaste nous le montre magnifiquement : il y a de la violence dans ses plans tout autant qu'une immense tendresse pour l'homme perdu, croyant être déchu. 

Dans ce film, peu de choses sont explicites et explicitées, ce qui est un choix heureux : l'essentiel passe par des silences, des regards et, surtout, par la fraternité en actes. C'est ainsi que la relation du jeune Thomas à la prière change et grandit ou, tout au moins, qu'elle passe du vernis - histoire de faire comme les autres - à la relation du coeur suite à une expérience de "nuit" dans tous les sens du terme. On peut regretter que le traitement du discernement ne bénéficie pas de la même profondeur que celle donnée à la prière et que la fin du film s'en ressente assez lourdement : las, on retiendra toutefois que l'amour vrai est salvateur, quel que soit la voie qu'il emploie, pour (re)mettre sur les rails d'une vie, la vraie, celle que l'on construit avec l'Autre et des autres. 

 

dimanche, juillet 22 2018

Pour évangéliser, se convertir

Au gré des lectures estivales... Dans cette lettre de 1892, le bienheureux Charles de Foucauld, alors trappiste à Akbès en Syrie, parle de la difficulté d'évangéliser en cette terre musulmane mais rappelle surtout immédiatement la nécessité de se convertir soi-même : 

la prédication dans les pays musulmans est difficile, mais les missionnaires de tant de siècles passés ont vaincu d'autres difficultés. C'est à nous d'être les successeurs des premiers apôtres, des premiers évangélistes. La parole est beaucoup, mais l'exemple, l'amour, la prière, sont mille fois plus. Donnons-leur l'exemple d'une vie parfaite, d'une vie supérieure et divine ; aimons-les de cet amour tout-puissant qui se fait aimer ; prions pour eux avec un coeur assez chaud pour leur attirer de Dieu une surabondance de grâces. 

 

lundi, juillet 2 2018

Voguons sur la vie et les bénitiers - lecture estivale 2018 #1

Même si les vacances n'ont pas encore sonné, voici la première des lectures estivales de l'année. 

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Il est des livres avec lesquels on se sent consonner d'une manière profonde dans l'abord de la vie, dans le sourire qui point au pas de côté résolu sur les reliefs de celle-ci, des livres avec lesquels on est sur la même vibration de fréquence comme le dit l'auteur dans un de ses courts récits à propos des homélies. Et puis, en avançant et en constatant le nombre de références à Madeleine Delbrêl, on comprend mieux pourquoi on sent un peu en famille. 

Croisière dans un bénitier et autres petits récits à partir de la vie, ce sont 48 histoires nées d'un fait divers, toujours spirituelles, parfois dans les deux sens du terme. Alors, c'est bon, tout simplement, et le mieux, ce n'est pas d'en parler, c'est plutôt de le lire : en voici donc un extrait. 

Ma vie est simple. Je suis dans ce petit monastère caché au fond des bois. Et j'y prépare tranquillement une nouvelle étape, j'ai envie de me poser : je crois que je serai metteur en Cène. Oui, c'est ça : metteur en Cène. Alors, ici, je lis le Texte. Je l'écoute. Je l'apprends. Je le relis et je le scrute. Je le traduis. J'essaie de lire entre les lignes. Je contemple avec grande affection tous ceux qui le jouent d'une façon ou d'une autre autour de moi, et ceux qui sont plus loin, aussi. Je vais souvent les visiter, ne serait-ce qu'en pensée. Je me réjouis de leurs talents d'acteurs : ils transforment - chacun à sa manière - leur entourage et ce vieux monde. Ils transfusent leur vie qui se mêle à la sève du Texte. Je les vois impliqués dans certaines tragédies, car la vie n'est pas simple pour tous. J'en vois d'autres jouer des comédies légères : cela fait du bien. J'en connais quelques-uns qui vivent des drames, et d'autres qui semblent s'amuser dans des opéra-bouffes. Mais j'en connais aussi qui ne sont que figurants, plus à l'écart des projecteurs, presque dans l'ombre. Quand je dis "figurant", je pense au mot "visage". C'est un beau mot. Et c'est un beau métier. Sur le théâtre de la vie, ce sont les plus nombreux : il n'y a pas de vie possible sans chacun d'eux. J'ai un faible pour ceux-là, et j'aime être avec eux. Je les regarde envisager leur vie et, moi, je relis le Texte. Je croise leurs existences, ma vie et la Parole et, avec eux, je mets tout cela en Cène - il y en a qui disent "eucharisite". Quand la Cène s'allume, le soir ou à midi, chacun peut reconnaître que son histoire rejoint le grand poème de Dieu. 

In p. Raphaël Buyse, Croisière dans un bénitier, Bayard, 2018, p. 49-50

jeudi, juin 28 2018

L’inouï d’un grand amour

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            C’était il y a une semaine, lors d'une belle journée sportive avec les élèves : nous qui avions terminé l’épreuve où se trouvait le lieu du pique-nique, nous attendions. Nous ? Des élèves et trois professeurs dont deux arrivés cette année et puis moi : nous sommes encore en train de faire vraiment connaissance. 

 

            Il y avait notamment cette collègue que je sais en train de s’installer, de bâtir son foyer et, très probablement, de commencer à avoir l’idée d’y accueillir un enfant. Et elle de nous demander à l’autre collègue et à moi si nous avions des enfants, ce à quoi lui comme moi répondons non. Elle d’insister de savoir si c’était un choix, mon voisin bafouille quelques mots avant d’annoncer son homosexualité. Et moi, de bafouiller à mon tour « non, oui, enfin… c’est compliqué ». La conversation reprit entre mon voisin et elle et je me suis demandée : « si elle savait » !!! Qu’aurais-je pu répondre, a fortiori étant si proches des élèves et de leurs oreilles ? Que j’étais consacrée à Dieu ? Inaudible (« hein, consacrée ? C’est quoi ? »… loin de son champ de pensée) en plus d’être inouï, fou et incroyable ! Dire que j’étais « un peu comme une religieuse » et parmi eux, pourtant ? Rien que d’imaginer cela, ça me faisait sourire car j’étais en short et baskets, encore suante des cinq épreuves, ayant donné de l’énergie et de la voix pour soutenir mon équipe d’élèves : pas franchement le look porté par l’imaginaire commun français... Et pourtant, tout autant consacrée que mes sœurs qui ont choisi la plus cloîtrée des vies et qui en portent l’habit. Car nos oripeaux ne parlent pas seuls : ce sont seulement nos vies données qui comptent. 

 

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dimanche, juin 24 2018

Comme lui pour avancer et être comme Lui

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Comme Jean le Baptiste, savoir reconnaître le Seigneur qui s’approche, même caché… et en tressaillir d’une joie communicative ; 

Comme Jean le Baptiste, savoir si bien Le reconnaître qu’on est capable de Le désigner, clairement, nettement, à ceux qui nous entourent ; 

Comme la première lecture de sa solennité, savoir que nous ne sommes pas le fruit du hasard mais que nous sommes choisis, aimés, désirés de toute éternité ; 

Comme Jean le Baptiste, être prophète, parler de la part de Dieu… mais savoir que cela ne peut pas se faire sans lourde et permanente conversion de notre part ; 

Alors, comme Jean-Baptiste, sempiternellement savoir qu’on ne saurait même pas enlever les godasses du Seigneur mais qu’on peut parler de Lui, quand même ; 

Comme saint Jean-Baptiste, Lui laisser toute la place ; 

Comme saint Jean-Baptiste, savoir que le Seigneur peut nous faire perdre la tête, d’amour et par amour. 

 

Se servir de l’exemple de saint Jean-Baptiste pour mieux nous convertir, pour devenir un signe vivant tourné vers Son cousin, vers Lui et vivre, et aimer, et se donner, comme Lui ! 

 

 

vendredi, juin 22 2018

Le Souffle dans la presse

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Presse de fin d’année, 

Réunions bilan, mails divers, plannings de rentrée à organiser ; 

Tout est à traiter et, surtout, presse-toi, 

Tout doit être fait avant cette date : les vacances approchent ! 

Et je ne vous parle même pas des relances : bouge-toi ! 

 

Alors, il serait tentant de vivre dans l’urgence, 

De chercher à tout faire là, maintenant, tout de suite, 

A devenir orgueilleux, à se prendre pour Dieu, 

Capables de tout faire, y compris dans notre monde post-moderne

Où l’aune de l’activité semble être mesure de réussite. 

S’y épuiser et pourtant échouer ici ou là… cela vaut-il le coup, sérieusement ? 

 

Bienheureuse imperfection de nos fins d’année

Valorisant finalement notre si faillible humanité, 

Poussant à accepter le poids de l’année et nos mains vides, 

Et peut-être encore davantage tous nos ratages, toutes nos fatigues. 

 

Elle devient heureuse, bienheureuse, 

Si son effet est de, parfois, tout éteindre, 

D’allumer une bougie si le soir est déjà là,

De se planter, silencieusement, devant une icône, une croix,  

Ou d’ouvrir, amoureusement, qui une bible, qui un bréviaire, quand l’aurore se lève, 

Ou encore, aventureusement, de lire un chapitre de spiritualité en plein milieu de journée ! 

Et, au lieu de subir le temps, 

De le prendre résolument, 

De le tourner vers Celui qui peut tout, 

Sans qui, de toute façon, aucune activité, aucun blabla, n’aurait de sens. 

 

La fin d’année, une occasion toute privilégiée, 

Pour retrouver, je crois, la sève de l’armature de nos journées, 

Pour prendre souffle au coeur de la presse, 

Et venir, souvent, puiser à la relation sapide et roborative avec l’Aimant, avec le Tout Autre. 

 

Afin que, toutes nos relectures, toutes nos rencontres, tous nos bilans, 

Ne parlent que de Lui : avant tout, au milieu de tout, après tout. 

Et que tous ces moments de fin d’année soient action de grâce, 

Et qu’ils donnent envie, simplement, de vivre une nouvelle année avec Lui, à Sa seule suite. 

 

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