Zabou the terrible

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mercredi, novembre 2 2022

Prière pour l'assemblée plénière des évêques

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Seigneur, envoie ton Esprit Saint sur nos évêques qui se réunissent à Lourdes en assemblée plénière ; 

Donne-leur particulièrement l’Esprit de force : pour regarder en face la vérité, si dérangeante soit-elle et pour poser des actes courageux bien plus forts que de simples et belles communications ; 

Donne-leur aussi l’Esprit de conseil : qu’ils sachent discerner des décisions judicieuses accordées à Toi et non pas celles qui veilleraient à sauvegarder les apparences d’une institution qui, sans Toi, de toute façon, n’est rien ; 

 

Envoie à l’ensemble de Ton Église ton Esprit Saint, Ton Esprit de vie, vraiment pleinement ! N’aie pas peur de souffler pour que s’éloignent toutes les odeurs macabres nauséabondes que nous répandons et pour que nous brûlions du vrai feu de la charité qui nous pousse toujours à l’exigence, en avant ! 

 

N’oublie surtout pas, Seigneur, en envoyant Ton Esprit, d’activer le don des langues : nous crevons d’entre-soi et de silence ! Viens à notre aide ! 

 

Que reviennent ceux qui sont loin

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        Ayant aimé avec passion Des Âmes simples j’ai immédiatement craqué en voyant la parution d’un nouveau roman de Pierre Adrian : Que reviennent ceux qui sont loin

 

         Le thème est moins directement spirituel : il ne s’agit pas d’un vieux curé des Pyrénées et d’une abbaye perdue et accueillante à quiconque mais le talent reste le même pour camper une atmosphère d’une belle densité qui conserve un degré certain de pudeur. De plus, il s’agit du récit d’une expérience que nous pouvons tous faire à notre mesure, même si nous n’avons pas de maison de famille bretonne en bord de mer : ce retour chez les siens et l’expérience du temps qui file, insaisissable, inarrêtable. Évidemment, pour qui a connu ces grandes maisons qui vivent l’été avec leur tablée de cousins et leurs histoires à hauteur d’enfance, le récit prend encore plus de chair. 

 

         C’est l’histoire du narrateur qui, arrivé à la trentaine et après plusieurs étés de jeune adulte à rêver d’ailleurs plus luxuriants, choisit de retourner passer août dans cette maison où il a tous ses souvenirs estivaux et tant de famille. 

          C’est un simple récit de retour, dans ce qu’il a d’ordinaire et d’extraordinaire, de personnages qui vieillissent, d’autres qui grandissent, de générations qui se succèdent, de choses qui demeurent comme elles ont toujours été et qui voient les hommes passer. Mais le temps s’écoule ainsi que le sable et vient redonner, grâce aux grains de sable qui demeurent malgré tout collés, du relief aux jours d’antan où l’on s’ignorait si heureux. 

          C’est un présent doux et sans illusion – sans amertume cependant non plus – qui mesure l’écart avec le passé mais apprend à savourer l’aujourd’hui, à le redécouvrir avec des yeux d’adulte et à s’enraciner dans là d’où il vient, comme réconcilié avec le petit garçon qu’il fut et avec l’adulte qu’il apprend à être pleinement, en endossant le rôle d’oncle. 

         C’est comme un souffle tendre qui émeut malgré toute la retenue qui y figure et qui nous donne à notre tour les yeux un peu brouillés, nous renvoyant malgré nous à nos étés d'hier et à ceux qui en sont définitivement partis. 

 

dimanche, octobre 30 2022

Zachée et la juste taille

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         L’histoire de Zachée, le petit homme, se déroule à Jéricho, ville certes célèbre pour ses palmiers mais aussi parce qu’elle est la ville la plus basse du monde. Petit, l’homme l’est dans ses actes aussi, prêt aux bassesses du détournement d’argent. 

 

         Et pourtant il est plein de ce désir vraiment très grand : voir Jésus, voir Dieu qui sauve. Et, pour le voir, il lui faut s’extraire de la foule qu’il connaît et qui le connaît trop bien et prendre de la hauteur, un peu, pour voir autrement. 

 

         Mais, à peine vu, Jésus lui demande de redescendre immédiatement ! 

S’il faut parfois prendre un peu d’écart et de hauteur pour parvenir à voir Jésus dans nos existences, c’est toujours au cœur de notre vie que nous sommes appelés à Le rencontrer. 

Car c’est toujours à hauteur d’homme et dans nos existences, si basses semblent-elles, qu’Il veut demeurer. 

Pour nous aider à nous convertir, pour nous aider à grandir à notre juste taille humaine, appelée à la sainteté. 

 

vendredi, octobre 28 2022

Sais-tu le silence ?

 

         Dans les offices monastiques, il y a toujours du silence : un beau silence, un silence plein de densité, du côté des moines comme du côté de leurs hôtes. 

 

         Ce n’est pas que les gens se font la tronche ou qu’ils ne savent pas quoi se dire, encore moins qu’ils se cachent des choses. Ou plutôt, ce n’est pas tout à fait qu’ils se cachent, ils sont pleinement présents, c’est que ce silence est révélateur de quelque chose de plus profond. Un silence extérieur qui révèle en intérieur une écoute, un babil amoureux, parfois suppliant, un colloque avec Celui qui est au plus profond de nous-même : un espace, un temps, un blanc juste pour le Seigneur. 

 

          Et, dans ces offices, le silence des uns veille sur le silence des autres, qu’on y soit pleinement ou parfois un peu distrait, pas franchement présent, avec l’esprit qui rêvasse. Ce n’est pourtant pas le silence contraint d’un groupe avec un enseignant pour dire « chut les enfants » ou le silence mêlé de nos réseaux qui bruissent : c’est plutôt le silence des amoureux qui savent qu’il y a du temps à savourer simplement ensemble. Là, le silence amoureux s’est répandu et se garde comme un cadeau à s’offrir les uns aux autres avant de chanter, de parler ou de repartir dans le vaste monde : il est une source que tous s’entraident à garder la plus désensablée possible, l’oasis pour savoir mieux traverser les déserts de nos existences. 

 

         Et demain, je repartirai vers ma vie quotidienne pleine de ce beau silence qui viendra faire résonner autrement mes paroles et mes gestes, en les accordant un peu plus justement à Lui. 

 

Écouterons-nous leur cri ?

 

Au sujet de J’écouterai leur cri – cinq regards de femmes sur la crise des abus

 

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         Un livre qui prétend avoir tout compris sur la « crise des abus » et savoir comment la résoudre ? Non, il s’agit ici avant tout d’un livre d’amitié : amitié des autrices et auteur – les xavières ont élargi leur parole à une femme laïque et à un jésuite –, désir d’entrer dans une relation d’amitié avec les victimes comme le souligne dans son chapitre Agata Zielinski. Une amitié qui commence par l’écoute plénière des cris des victimes : c’est d’ailleurs à une victime devenue témoin, Patrick Goujon, qu’est confiée la préface. 

 

         Ici, on ne cherche pas à donner des leçons, on cherche à écouter, à constater des manques et des failles comme autant de lieux pour construire. On apprend aussi de la multiplicité des points de vue ici présentés : une théologienne, une criminologue, une philosophe, une bibliste, une doctorante en théologie anciennement au service de la CEF pour chercher à écouter au pluriel. C’est ainsi que leur propos prend tout son relief, osant poser de vraies questions, toujours écrites à la première personne du singulier comme des réactions au rapport de la CIASE : sur notre théologie du mal, sur la justice réparatrice, sur une lecture biblique qui n’instrumentalise pas le texte mais le laisse nous éclairer et même nous interpréter nous-mêmes, sur le fait d’oser nous reconnaître vulnérables et faillibles, sur la nécessité de cesser de nous concevoir comme Église comme une « société parfaite ».

 

Je pourrais relever de nombreuses pépites tout au long de ces pages – j’en ai d’ailleurs gardées de nombreuses pour moi-même – mais je vous invite surtout à lire à votre tour cet ouvrage. Pourquoi ? Parce qu’ici, l’on trace des pistes : on espère que celles-ci sauront être saisies plus largement par tout le peuple de Dieu pour avancer ensemble, en osant laisser toutes les périphéries et y compris les victimes, au centre d’une Église renouvelée. Alors, osons nous y engager !


J'écouterai leur cri, aux éditions de l'Emmanuel : c'est par là >>

jeudi, octobre 27 2022

Pauvreté(s) et grâce(s)

 

         Il y eut vendredi une visite à mon vieux confesseur en maison de retraite, peinant à se remettre d’un méchant zona qui le fatigue et nos discussions, courtes mais simplement pleines de Dieu : pauvreté pleine de grâce. 

         Il y eut samedi la joie d’une consécration dans l’ordre des vierges mais qu’est-ce d’autre finalement que la pauvreté humaine s’offrant simplement tout entière au don de Dieu pour en rayonner ? Pauvreté pleine de grâce. 

         Il y eut dimanche l’évangile du Pharisien et du Publicain et ce dernier capable de se reconnaître pécheur pour demander la grâce de Dieu : pauvreté pleine de grâce

 

         Il y a toutes ces révélations dans notre Église... Il me semble que ce n’est qu’en acceptant de nous reconnaître pauvres et vulnérables, faillibles, et non en nous cantonnant dans notre superbe façon tour d'ivoire que nous saurons vraiment ré-accueillir la grâce de Dieu, sans laquelle ni notre Église ni nous-mêmes ne sommes rien. 

 

vendredi, octobre 21 2022

De l'importance de regarder les blessures en face

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Sur l’affaire Santier

 

De la sidération, encore et encore ; 

Dans notre Église, quand on espérait un tout petit bout de mieux, 

On s’aperçoit que l’on se vautre encore et encore ; 

C’est ignoble.  

 

L’horreur, parce qu’encore une fois, cela concerne des vraies vies, 

Pas simplement des « on dit » lointains : non des personnes comme toi et moi, 

Qui ont été « abusées », trahies, détruites avec un sacrilège à la clé ; 

Et cette fois, on n’en peut plus : on nous a encore menti. 

 

Menti ? Ou au contraire sommes-nous malades en plus des abus sexuels d’une culture du secret néfaste et cancérigène ? 

 

Ces derniers jours, je n’arrête pas de répéter que nous sommes « membres d’un même corps » : ce ne sont pas que des mots !

Selon moi, c’est essentiel et cela se vérifie ici même :

Cacher une blessure ne l’a jamais guérie, 

C’est se voiler la face et la laisser s’infecter, grossir et rendre tout le monde encore plus malade.

 

Certes, il ne s’agit pas de tomber dans une impossible transparence, dans une forme d’hygiénisme à outrance qui désinfecterait sans cesse le corps, par peur, en l’empêchant de vivre : il s’agit, à tous les niveaux de l’Église, de cesser notre culture du secret, du non-dit, de l’entre-soi d’un secret malsain. 

 

Comment voulez-vous que le corps vive bien si seulement certains organes communiquent entre eux ? Comment voulez-vous poser un diagnostic sur une blessure grave si le corps entier n’en a pas conscience ?

Tous les organes d’un corps sont importants : ils doivent tous savoir tout ce qui les concerne, c’est urgent, même si c’est pour dire qu’on n’a pas assuré, que la gangrène nous menace... mais enfin, c’est un risque que nous courons alors tous et qui risque de contaminer particulièrement les plus fragiles ! Peut-être qu’on pourrait apprendre à partager, en frères et sœurs, les mauvaises nouvelles, aussi, au lieu de se complaire seulement dans les bonnes ? 

 

Et Toi, Seigneur, viens-nous vivifier, s’il Te plaît : 

On en a tous bien besoin. 

 

 

vendredi, octobre 14 2022

Sortie imminente

Chers amis lectrices et lecteurs de ce blog, 

J'ai la joie de vous annoncer la naissance, euh, la parution de mon deuxième livre Membres d'un même corps aux éditions Artège le 19 octobre prochain. 

https://www.editionsartege.fr/img/FIC193053.jpg/800/600/

Ce livre questionne le lien entre eucharistie et Eglise : qu'est-ce que recevoir et devenir le Corps du Christ ? Mais va aussi plus loin en réfléchissant aux conséquences très pratiques de nous considérer comme autant de "membres d'un même corps".

Pour en savoir plus, c'est par là >> et vous pouvez bien évidemment vous le procurer dans votre officine préférée. 

Pour ceux qui seraient Franciliens, une soirée de présentation est prévue ce vendredi soir 14 octobre à 20h à l'église St Pierre St Paul de Colombes. 

mercredi, octobre 5 2022

Un an après la CIASE – quelques libres propos

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            Je ne pouvais pas laisser passer cette date – je n’ose écrire cet « anniversaire » – sans en dire un mot tant ces révélations ont été un raz-de-marée dont nous n’avons pas fini de sentir le ressac des vagues. 

 

Des vagues qui permettent de porter plus loin ceux dont la parole avait été jusque-là éteinte ; 

Des vagues qui montrent la violence possible de la marée humaine ; 

Des vagues qui viennent entrechoquer les certitudes ; 

Des vagues qui nous laissent dans l’inconfort de l’instabilité :

Que sera demain ? 

 

            Un an plus tard, est-il vraiment plus facile de poser un mot sur ce sujet ? Peut-être pas vraiment. Il subsiste déjà, comme l’an passé, la difficulté à poser des paroles qui respectent pleinement la vie et le ressenti unique de chaque victime : il n’est pas possible de parler à leur place. Mais il faut aussi parler du « et maintenant ? » et les choses ne se simplifient alors pas. Il est vrai que l’Église a mis en place une série de mesures réelles, une instance de réparation, des groupes de travail et il convient de voir tout ce chemin parcouru avec gratitude et comme un premier pas sur lequel s’appuyer avec confiance pour bâtir la suite. Et, en même temps, il est difficile de pouvoir en être pleinement heureux et il convient de le reconnaître en vérité : retards inhérents à l’humain, réticences qui peinent à se lever face à la réalité, ras-le-bol de certains ou, pire, désir de tourner la page définitivement. « C’est bon quoi, on en a assez fait ». 

 

            De l’autre côté, quand on dit qu’il faut continuer à interroger les conditions qui ont permis à de tels abus non seulement de se vivre mais encore de proliférer dans le silence, certains feraient vite de nous des révolutionnaires alors qu’il ne s’agit évidemment pas de mettre l’Église à plat ! 

 

           Bien au contraire, il s’agit d’aider l’Église – c’est-à-dire toi, moi et nous-mêmes, d’abord – à se placer vraiment sous la motion de l’Esprit Saint et à être une ecclesia semper reformanda.

             Bien au contraire, il s’agit de la rendre plus vivante en acceptant qu’elle ose porter l’interrogation constante sur ses fonctionnements : pas seulement des petits conseils pratiques de bonne conduite – essentiels AUSSI, évidemment – mais en osant réfléchir sur chacune de nos pratiques. Qu’est-ce qui pourrait encore conduire à des pratiques abusives ? Il s’agit non pas de faire de l’Église une société parfaite utopiste mais seulement d’évaluer nos actions de pécheurs sous le regard du Christ. Avouons-le, si nous sommes engagés dans l’Église, nous savons tous qu’il y a encore largement place pour un chemin de conversion tant personnel que communautaire. 

            Bien au contraire d'une révolution, il s’agit également et simplement de libérer toujours plus la parole en Église, entre chrétiens : en créer des lieux et des conditions – la synodalité ? – et cela même quand les prises de parole nous semblent déplacées. Personne n’est de trop dans l’Église et mon frère souffrant doit pouvoir s’exprimer facilement, même s’il gueule, même s’il chiale, même s’il me dérange – parce que, avouons-le, la souffrance d’autrui n’est jamais agréable à « supporter ». 

 

            Bref, la route est amorcée mais elle est encore longue : sans doute faut-il voir cette année comme une simple étape d’un chemin à continuer de parcourir, ensemble. 

 

          Avec quelques amis, l’an passé, nous avions lancé le hashtag #AussimonEglise quelques jours après la publication du rapport, pour montrer combien nous nous sentions concernés et combien nous voulions agir par notre prière, notre compassion, mais aussi par nos manches retroussées là où nous étions. Ce hashtag est toujours et plus que jamais d’actualité. Cette Église qui comprend victimes et abuseurs, cette Église qui avance mais parfois renâcle aussi, qui tâtonne à enlever toutes les zones obscures dans sa suite du Christ qui la fonde, c’est #AussiMonEglise et c’est pour cela que je continue de la regarder, d’y appartenir avec foi et d’y travailler avec espérance, certes, mais aussi avec exigence ! Il en va de toi, il en va de moi, il en va vraiment de chacun d’entre nous : il en va de nous conformer toujours plus à notre foi dans Celui qui a donné sa vie pour nous. Et ce ne sont pas que des mots mais bien une aventure de vie. 

 

... Continuandum...

 

jeudi, septembre 29 2022

Dieu, viens à mon aide : le tempo de la foi

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Dieu, viens à mon aide ! 

Un signe de croix, une petite croix tracée sur ma bouche, 

Les mots entremêlés du matin, mal réveillés, mal caféinés, 

Les mots qui trébuchent un mélange de « Seigneur, ouvre mes lèvres » 

Un appel à l’aide devant l’inconnu, face à l’aventure que sera la journée, 

Une demande : car, moi seule, je ne saurais aimer. 

 

Dieu, viens à mon aide 

Ce sont les mêmes mots, redits en rentrant du travail, 

Les mots plus assurés mais les mots fatigués, éreintés parfois, 

Les mots passés au crible d’une journée ordinaire, avec ses hauts et ses bas, 

Avec ses victoires et ses défaites, avec ses péchés et ses grâces, 

Avec toutes ces intentions – confiées ou qui s’imposent de charité – 

Avec ces personnes croisées, avec ce qu’il y a de fait et ce qui reste à faire, 

Un appel : car, moi seule, je ne saurais pas gérer. 

 

Dieu, viens à mon aide !

Dans le silence du soir, à l’issue d’un calme temps d’oraison,

Sans tambour ni trompette et bien trop souvent distraite, 

Avant les mots du Confiteor et une relecture du jour,

Avant de redire « merci », « pardon » et « s’il te plaît », 

Se remettre devant la source de Celui qui illumine les jours, 

Qui ressource tout en Sa joie, et même les tristesses, et même les colères ; 

Un compagnonnage : car, moi seule, je voguerais dans le noir. 

 

Dieu, viens à mon aide !

C’est le rythme dans la prière de l’Église, 

Au moins trois fois par jour, 

Posologie minimale, mais si possible davantage répétée, même en version minimaliste ; 

Pas une médecine alternative mais un ancrage dans la réalité de la foi : 

C’est le cri de notre cœur pour chercher à battre au même tempo que celui de Dieu 

 

Et demain, je recommencerai, 

Parce que, même quand je ne sais pas, 

Même quand je me trompe, 

Même quand je chute, 

Sa grâce ne saurait me manquer, 

Sa grâce ne saurait refuser de m’aider, de m’éclairer :

Dieu, viens à mon aide !

 

lundi, septembre 26 2022

Ce que nous savons d’eux

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            « Au fait, sais-tu pourquoi... ? », ainsi les profs s’interpellent-ils parfois à l’occasion d’un couloir moins fréquenté ou d’un recoin plus tranquille de la salle des profs. Et là se dévident des bribes de vie d’un élève qu’on a eu, dont on a été professeur principal, sur lequel on sait des éléments extra-scolaires avec la plus grande délicatesse et la plus grande pudeur possibles. 

 

            Comme professeur et a fortiori dans les zones plus difficiles, nous entrons souvent de plain-pied dans des existences qui ne sont pas les nôtres : nous n’avons pas forcément donné notre accord, nous y avons rarement été conviés avec politesse, c’est juste ainsi. L’un s’est écroulé en sanglots devant nous un jour sans prévenir, l’autre a demandé à nous voir pour parler du stress d’un examen et a tout déballé sans qu’on s’y attende ou encore une fin de cours s’est prolongée en vaste confidence pour telle autre, et cela sans parler des réunions parents-profs qui offrent encore d’autres aperçus relationnels. Malgré nous, on apprend à plonger un peu dans la bourbe tourmentée qui entoure tel élève, simplement pour faire, malgré tout, un bout de chemin avec lui, avec elle. A vrai dire, il y a souvent des choses qu’on préférerait ignorer... mais qui refuserait de les écouter si cela permet d’aider un peu moins mal ? 

 

            Or, quand un élève change de classe et donc de professeur principal, il n’y a pas de transmission formelle des informations : déjà l’équipe change beaucoup d’année en année, l’établissement est bien trop grand pour que ce soit formalisé avec tant de classes même si l’équipe était stable – rêvons ! – et puis, sincèrement, qu’en dire sans voyeurisme ? Il y a des choses trop personnelles pour les écrire, pour les transmettre sans contexte et sans détails trop gênants. Parfois, cependant, un collègue sait qu’un autre collègue sait quelque chose et va le trouver et c’est là que naissent ces échanges un peu bizarres, où nous parlons non des notes mais de la vie de ces autres qui nous sont confiés : je connais peu d’échanges aussi pudiques entre profs que ceux-là tant on ne se sent pas vraiment fiers devant les horreurs que nous partageons. 

 

            Ce que nous savons d’eux, c’est souvent beaucoup et en même temps pas grand-chose : des sortes de grosses roches noires qui prennent trop de place dans leur existence, bien malgré eux et qui les gênent pour mener paisiblement leur existence d’élève. On sait bien qu’on ne les enlèvera pas mais on peut se tenir à côté d’eux pour contourner une partie de l’obstacle au fil d’une année, peut-être, si les choses se déroulent bien... pour être vigilants et empêcher qu’elles s’effondrent sur eux en faisant appel à d’autres soutiens si nécessaire. 

 

           De l’extra-scolaire et du scolaire, des drôles de trucs que je n’aurais pas imaginé en entrant dans le métier. Évidemment, comme chrétienne, c’est toujours une invitation à les remettre sous le regard de Dieu, à s’efforcer mieux de les voir comme Dieu les voit, à les aider aussi à voir tous les rebords lumineux, malgré tout, de leurs existences : ce sont les marchepieds qui s’appellent « petites joies du quotidien », « talents », « éducation », « espérance » ou encore « confiance » grâce à l’appui desquels ils pourront s’élever. 

 

 

 

jeudi, septembre 1 2022

L'été en... un podcast - les romans qui ont changé le monde

 

            Si mon été 2021 avait été marqué côté podcast par la formidable série sur l’Apocalypse, texte et culture, « d’hier à demain » de François Bessonnet et de ses compères (n’hésitez VRAIMENT pas à aller l’écouter : ce n’est que du bon ! J’ai notamment découvert grâce à ce podcast la série Good Omens qui est délicieusement décalée et que je vous invite à regarder si ce n’est pas le cas), l’été 2022 et ses trajets fut plus littéraire avec des épisodes proposés par France culture : 

 

Les romans qui ont changé le monde

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            Dix romans du xxe siècle dont le choix comporte une claire part d’arbitraire (enfin, je pense que tout amoureux des Lettres ferait son propre choix, potentiellement différent) mais superbement présentés : un ou plusieurs invités en sus du présentateur Mathias Enard, deux extraits lus par une comédienne – dont, systématiquement, l’incipit – un ou deux morceaux musicaux en écho... on est plongé dedans ! Je dois dire qu’écouter l’incipit de Voyage au bout de la nuit au volant de ma Zaboumobile a été une belle expérience où la langue si travaillée autant que relâchée de Céline prenait tout spécialement vie ! Les échanges sont dans l’ensemble de bonne tenue et l’on ne s’ennuie vraiment pas. 

 

            Dix épisodes qu’on savoure et qui nous poussent à lire encore et toujours, même quand la rentrée s’annonce... mais c’est loin d’être péché quand on est prof de Lettres, non ? 

 

P.S. : France culture a sorti aussi 2 séries avant et après qui ne sont pas sans lien et que je compte écouter : « comment les films changent le monde » avec 10 films sur le même principe et, après les romans, « les œuvres d’art qui ont changé le monde ». 

P.S. 2 façon page de pub : Mais on n’oublie pas de se préparer à écouter début octobre la saison 3 du « Café de Sèvres » 

Avant l’accueil, devant la liste de classe

 

Comme une litanie de prénoms à égrener en chapelet : 

Seigneur, donne-moi de les aimer ! 

Chacun et tous, dans leur globalité et dans leur singularité. 

 

Aide-moi à étancher mais surtout à creuser leur soif d’apprendre, leur soif de vivre ; 

Aide-moi à trouver les mots justes pour qu’ils apprennent mais aussi pour les aider à grandir, à s’épanouir, à avancer sur leur chemin personnel d’homme ou de femme responsable, bientôt adulte ; 

Donne-leur d’avoir des rêves et d’avoir le goût de la persévérance pour aller au bout de ceux-ci 

 

Donne-nous, ensemble, une bonne année : je la place, pour eux comme pour moi-même, tout entière sous Ton regard. 

Amen. 

 

mercredi, août 31 2022

L’été en... une vertu – l’hospitalité

 

« Que demeure l’amour fraternel ! N’oubliez pas l’hospitalité : elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges. » (He 13, 1-2) 

 

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            Je clos cet été le cœur empli de gratitude pour l’hospitalité reçue, à plusieurs endroits, au fil de mes pérégrinations, mais en particulier sur le chemin d’Assise. Alors que pendant des jours et des jours, je peinais à trouver des lieux d’hébergement à notre petite communauté itinérante, tout s’est débloqué providentiellement et au-delà de ce que j’escomptais personnellement. Trois soirs particulièrement nous avons été reçus avec le cœur : d’un apéritif offert avec chaleur le premier soir alors que nous avions trouvé porte close à l’église, un autre soir chez des anciens pèlerins qui avaient tout préparé pour que nous soyons au mieux et enfin par des paroissiens chargés par leur curé de nous accueillir et qui en avaient recruté d’autres pour une inoubliable soirée ; Trois cas où les gens n’étaient pas tenus de nous accueillir et où, en plus d’ouvrir leur porte, ils ont largement laissé s’ouvrir leur cœur. 

 

 

Merveille que la gratuité de l’amour ! Se laisser accueillir, aussi, de l’autre côté, en n’ayant rien à donner en retour est pleinement désarmant : alors qu’on n’avait à première vue rien en commun, on se retrouve autour d’une même table ! Il y a là quelque chose d’une justesse de l’amour qui outrepasse toutes les conventions sociales qui nous servent trop souvent d’oripeaux, il y a là sans doute un écho de l’évangile qu’on entendait dimanche dernier, juste remis à notre juste place de frères et sœurs.

 

            C’est sûr que, après avoir expérimenté cela, quand on rentre chez soi, on a envie de faire de même, même si rares sont les pèlerins qui croisent nos banlieues. 

 

Pourtant, l’attitude de cœur pourrait être la même : non pas d’inviter tous ceux dont nous croisons la route mais être ouvert à ces temps partagés avec ceux qui croisent notre chemin, temps osés par nous-mêmes ou par autrui, simplement gratuits. Derrière ces rencontres, même sans lendemain et surtout s’il n’y a pas possibilité de « rendre », ce n’est pas seulement l’autre que nous rencontrons mais, en filigrane, l’Autre. Si l’hôte désigne en français celui qui accueille comme celui qui est accueilli, c’est comme pour nous inciter à nous mettre donc toujours plus à l’écoute de l’hôte le plus intérieur en chacun de nous et à Le repérer en nos frères. Et le cœur s’en emplit de gratitude et d’action de grâce. 

 

 

lundi, août 29 2022

L’été en... un roman – imaginer la pluie

 

            J’ai été silencieuse ici cet été : densité des choses à vivre, travail important également qui m’occupait l’esprit et nécessité d’écrire pour moi-même avant tout. Alors, avant de trop plonger vers la rentrée, retour en quelques flashs non narratifs mais catégoriels. Enfin, si je peux. On commence par le roman qui m’a le plus marquée cet été. 

 

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            J’ai lu avec appétit comme tous les étés et avec un ravissement certain dans la plupart des cas. Toutefois, parmi les fictions, un roman se détache sans contredit par l’étrange atmosphère qu’il dégage à laquelle on se laisse prendre : Imaginer la pluie de Santiago Pajares aux éditions Actes Sud (maison d’édition dont j’apprécie d’ailleurs beaucoup les couvertures), paru en France avril 2017 pour le grand format ; en avril 2021 pour le format poche. 

 

            Qu’en dire ? C’est un roman étrange, poétique et tout autant post-apocalyptique que merveilleux, jouant de surcroît avec grâce avec l'univers du Petit Prince de Saint-Exupéry.

 

Imaginer la pluie : rien que le titre nous emmène dans vers la rêverie... Pourtant, s’il s’agit d’imaginer la pluie, c’est bien parce qu’il s’agit du drame d’une mère seule avec son fils en plein désert après une catastrophe ayant touché l’humanité entière et, pour eux deux, après la chute d’un avion : le fils, lui, ne connaît pas la pluie, il ne peut que la rêver. D’ailleurs, il ne peut qu’imaginer beaucoup de choses puisqu’il ne connaît pas le monde d’avant : ils n’ont quasiment rien, seulement l’essentiel pour vivre et encore, à peine. Mais ils vivent et surtout ils aiment. 

 

            Ils ne sont que deux alors les dialogues sont rares et le blanc prend autant de place sur la page des courts chapitres (souvent une page recto-verso) que le silence du désert qu’ils habitent et qui les habite. On lit au rythme du pas sur les dunes. C’est le récit de l’essence d’une vie qui comprend aussi la mort de la mère, le départ jusqu’au bout des forces, la rencontre non du Petit Prince mais de l’altérité et, encore, un long exode. Je ne divulgâcherai pas la fin mais, si la grande majorité du roman joue avec la prose poétique, la fin est plus directement narrative et presque « classique », ce qu’on ne lui reproche d’ailleurs absolument pas. 

 

On se laisse saisir par le désir d’en savoir plus sur la raison de leur présence dans le désert mais notre attente sera toujours déçue au fil du livre : de fait, il ne s’agit pas pour l’auteur de nous dire comment une partie de l’humanité a précisément réussi à se détruire mais de nous faire habiter et demeurer dans l’écrin de l’essentiel, même s’il s’agit d’un appentis dans le désert. Pour que nous n’ayons pas besoin, nous, un jour, de faire « imaginer » la pluie à des plus jeunes, pour que nous nous comportions en êtres responsables de nos choix et pour que nous puissions créer de belles nouvelles histoires ! 

 

dimanche, août 28 2022

L'humilité : regarder celle de Dieu... et la nôtre ?

 

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            Il y a des dimanches où c’est plus facile que d’autres de trouver le fil conducteur des textes bibliques, comme aujourd’hui : l’humilité. 

 

            C’est facile sur le papier, d’ailleurs aussi, l’humilité. D’un certain côté, c’est également facile d’en parler : ne pas s’auto-glorifier de ses actes ou, en termes plus contemporains ne pas se la raconter ; en termes plus anciens, se souvenir toujours avec Montaigne que « sur le plus haut trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul » (non, mais ne soyez pas choqués, ce n’est pas moi qui le dis, c’est Montaigne !) ; en termes plus chrétiens, se souvenir toujours davantage que tout est don de Dieu : « qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » nous interroge saint Paul (1 Co 4, 7) nous montrant le chemin de l’humilité chrétienne. 

 

            Mais, quid, en vrai ? On peut être tenté de se rabaisser ou d’aller prendre volontairement la dernière place comme dans l’évangile du jour : parfois, c’est fructueux pour dompter nos tentations de pouvoir ; parfois cela ne peut être que déguisement, n’assumant pas les dons reçus et les cachant ou jouant à la personne humble sans glorifier le Seigneur pour ce qu’il me donne. En réalité, l’humilité, ce n’est pas si aisé à vivre avec justesse : c’est une ligne de crête. 

 

            Je crois que, ce qui peut aider davantage à la vivre, c’est en regarder l’étymologie : humus, la terre. Nous, hommes et femmes, sommes gardiens de celle-ci et établis les pieds posés bien à plat dessus par le Seigneur. 

 

En fait, la terre, l’humus, c’est la hauteur qui nous est donnée : ni plus, ni moins. 

Rester les pieds sur terre, c’est rester dans le réel, le don de Dieu : c’est regarder à la simple mesure qui nous est donnée qu'Il n'a pas craint de venir partager, ni plus, ni moins. 

C’est assumer notre condition humaine : ni plus, ni moins. 

C’est vivre du don de Dieu : ni plus, ni moins. 

 

vendredi, juin 24 2022

Un oui comme une pierre blanche

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(Mosaïque de Rupnik) 

 

 

                 Dans le secret d’une petite chapelle, un jour chaud d’été, j’ai enfin rendu les armes face à toutes mes arguties pour écouter une sorte de grand amour qui était en moi qui m’appelait, qui me dépasse et dont je percevais qu’il était porteur de la plus grande joie ; dans le secret d’une chapelle, et j’ai dit un oui libre complètement balbutiant mais aussi complètement plein de joie pour vivre un temps privé d’engagement au célibat. 

 

            On peut dire plein de choses sur le célibat consacré, en négatif comme en positif, y voir un aspect très pratique de disponibilité, en rechercher mille raisons psychologiques cachées ou explicites et soit mais il ne faut pas oublier l’essentiel : il s’agit avant tout d’un « oui » à une grande histoire d’amour, à un « veux-tu ? » qui bouleverse et qui donne le désir de dire « oui » avec tout son être. Les raisons, les explications autres peuvent être nécessaires mais elles n’en sont pas moins accessoires face à ce oui primordial d’un amour qui s’engage en réponse à un autre amour. Quand on me pose plein de questions sur mon célibat consacré, quand on le remet même parfois en cause, je m’arrête souvent au bout d’un moment, ne pouvant plus dire autre chose que « histoire d’amour », aussi simple et naïf que cela puisse-t-il être.  

 

            Pour autant, je ne suis pas non plus à l’aise avec ceux qui idéalisent ce célibat et le peignent en rose bonbon sucré formidable. L’amour ne veut pas dire que c’est simple tous les jours : les jours creusent leurs crevasses dans nos vies et le « oui » est à redire tous les jours, comme dans un couple qui s’aime et avance tendrement jour après jour malgré les lourdeurs et les crises du quotidien. Je dois avouer d’ailleurs que j’ai une grande tendresse pour les Anciens, quel que soit leur état de vie, qui sont restés fidèles : ils sont souvent des yeux simples, comme lavés par les larmes et leurs rides sont comme les sillons burinés des joies et peines de la vie sur leur corps. Ils disent quelque chose du réalisme de l’amour, qui ne s’écrit pas que dans les volutes légères des jours d’allégresse mais aussi dans la pesanteur des jours graves : calligraphie amoureuse, très certainement un brin divine. Mais ils ne se sont jamais arrêtés, ils ont avancé, ils ont dit oui, un jour, et ils l’ont redit aussi souvent que nécessaire : ils sont un véritable exemple de la réalité de la vie, tout simplement. 

 

            Je n’ai pas leur recul mais je ne peux m’empêcher de rester fascinée, émue, de ce Dieu qui m’appelle, d’une manière qui me dépasse de très loin. Même quand les jours sont plus lourds, il est une joie en mon cœur qui est donnée et il est clair que mon « oui » participe à cette joie. J’aime ce célibat consacré où je me suis engagée tout entière, corps et âme. Il n’est certes pas une carapace face au monde où je suis plongée, il est plutôt comme une brèche : un lieu d’inconfort, d’humanité, de pauvreté et de vulnérabilité, mais qui me pousse à redire « oui » à Dieu, chaque matin, pour redire « oui » à mes frères et sœurs et être parmi et avec eux ce signe très simple de la vie consacrée au travers de mes péchés et de mes ratés. Brèche de Dieu dans ma vie ; brèche divine dans la vie des autres, aussi. 

 

          Dans le secret d’une petite chapelle, c’était un 24 juin que j’ai dit ce « oui » privé voici 12 ans déjà, renouvelé d’année en année jusqu’à ma consécration et au « oui » pour toujours : ce n’est pas tant un anniversaire, ce n’est ni ma naissance, ni mon baptême, ni ma consécration, c’est une pierre blanche sur mon chemin à laquelle je reviens souvent, à l’école de st Jean-Baptiste, le Précurseur, qui ne fait que désigner le Christ. Un oui comme une pierre que j’ai un jour librement posée pour essayer à mon tour, comme consacrée dans le monde, de témoigner d’un grand Amour et de L’annoncer par tout mon être. 

 

dimanche, juin 19 2022

Don sans réserve de l'amour du Sauveur

 

« Pain véritable, 

Corps et Sang de Jésus Christ, 

Don sans réserve de l’amour du Seigneur, 

Corps véritable de Jésus sauveur. 

 

Pain de vie, 

Corps ressuscité, 

Source vive de l’éternité » 

(Chant « Pain véritable »)

 

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(Photo : pixabay)

 

            Le jour de la fête du Saint-Sacrement, nous entendons à la messe l’évangile de la multiplication des pains mais aussi le récit de la Cène par saint Paul, échos d’une même faim comblée par Celui qui est la Vie. 

 

Nous méditons particulièrement lors de cette fête le mystère de l’eucharistie où le Christ nous offre Son Salut et nous lui demandons plus spécialement que, transformés par la réception de ce sacrement, nous sachions toujours plus former un seul corps, le corps du Christ qu’est l’Église. 

 

            Mais aujourd’hui, vous voyez, en sortant de la messe, je suis allée faire un tour au petit-déjeuner solidaire du dimanche sur le parvis, temps convivial réunissant ceux qui ont de quoi vivre et ceux qui n’ont pas de quoi vivre : chaque semaine, j’apprends à mieux les connaître, à vibrer de ce qui les fait vibrer ou à appuyer délicatement une main sur une épaule quand ils disent ce qui les fait pleurer. 

 

            Et ce soir, encore un drame humain que je suis depuis plusieurs jours et qui me fend vraiment le cœur qui m’a incitée à aller acheter un gros panier repas pour nourrir quelques-uns qui n’ont simplement plus rien. On m’avait demandé si, éventuellement, je pouvais donner « un peu de pain » 

 

            Sans lien avec la fête du jour ? Complètement en lien : comment pourrais-je vivre de l’eucharistie si cette nourriture ne me faisait pas vivre pour les autres et ne servait qu’à me rassasier moi-même ? Comment serais-je membre du Corps du Christ en vérité si l’autre cellule proche n’avait pas de quoi poursuivre son existence et que je m’en moquais ? 

 

            Ce dimanche, j’aurais préféré ne pas avoir à vivre cette sorte de grand écart qui laisse le cœur si intranquille et pourtant c’est cette « intranquillité » qui nous pousse, je crois, à aimer toujours davantage l’eucharistie comme source de toutes nos actions, à la rechercher, à la désirer. Elle nous pousse à marcher à la suite du Christ et à L’imiter : et Lui, qu’a-t-il fait sinon le bien autour de Lui, y compris nourrir ceux qui étaient affamés ? 

 

            C’est en méditant le mystère de l’eucharistie que je peux prier ce soir pour tous ceux qui n’ont pas de quoi sustenter leur faim : 

Seigneur, Toi qui donnes toujours en abondance, Toi qui te donnes toujours sans compter, donne-leur de surmonter l’épreuve ; 

Et pour moi qui ai de quoi manger, Seigneur, je Te demande de creuser ma faim de l’eucharistie, de ne jamais m’arrêter dans mon confort repu : pour les servir toujours plus, pour que chacun puisse vivre pleinement sa vie d’homme et de femme à satiété, vraiment libres et debout comme Tu le désires, comme Tu les désires. 

 

samedi, juin 18 2022

Mains ointes

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            Certains liraient, parait-il, l’avenir dans les lignes du creux de la main. Même si l’on n’y croit pas, il est vrai que nos mains sont faites de creux, de bosses, et de lignes qui se resserrent ou qui s’ouvrent parfois en fossés. Nous présentons peu cette partie de notre corps : peut-être parce qu’elle est, à l’image de nos vies, vulnérable, variée, sans vraie coque protectrice. 

 

            C’est pourtant des paumes de mains qui ont été posées sur la tête de deux hommes, de deux diacres ce matin, les replaçant dans cette longue chaîne ininterrompue du sacrement de l’Ordre, comme si la grâce, Sa puissance « donnait toute sa mesure dans la faiblesse » (2 Co 12, 9). Et c’est pourtant aussi la paume de leurs mains que ces deux jeunes prêtres ont présentée ce matin devant leur évêque pour qu’il les oigne de Saint-Chrême. Cela n’est pas anodin : cette onction pénètre la peau au cœur même de toute leur vie, de tout ce qu’elle a de grand et de vulnérable ensemble, dans les belles hauteurs et dans les creux de leur vie. Par-là, elle imprègne leur existence tout entière. 

 

            Pourquoi s’arrêter sur ce qui ne pourrait être somme toute qu’un détail ? Parce que ce détail est particulièrement signifiant, il me semble, en un temps où l’on recommence beaucoup trop à jouer au « eux » versus « nous » entre prêtres et laïcs, dans des temps où, dans la suite du rapport de la CIASE, certains descendent les prêtres en flèche tandis que d’autres, par réaction, les encensent de plus belle : deux réactions qui ne sont pas ajustées, l’une comme l’autre et qui peuvent même, dans le premier cas, être violentes et douloureuses. Il devient alors difficile de chercher à poser une parole juste et elle est pourtant tellement nécessaire, a fortiori un jour d’ordination.

 

            J’ai trop d’amis prêtres pour les encenser mais j’ai aussi bien trop d’amis prêtres pour ne pas les aimer d’une grande affection pour ce qu’ils sont avec des vies comme chacun de nous, avec des qualités et des défauts, avec des forces et des faiblesses, comme chacun de nous : bêtement mais joyeusement humains, tout simplement. Mais s’arrêter là serait lisser, voire gommer la spécificité de leur vie et cela ne serait pas juste non plus : ce sacrement reçu au cœur de toute leur vie même pleine de failles, cette onction reçue après celle du baptême qui est venue habiter toute leur vulnérabilité et qui les missionne et leur donne la force d’être prêtres au milieu et pour le peuple chrétien. Pourquoi nous opposer les uns les autres ? Tout change si l’on a conscience que l’on a besoin les uns des autres ! Nous avons besoin de prêtres, et ils ont besoin de l’ensemble du peuple de Dieu : les uns ne peuvent exister sans les autres et nous ne pouvons former le corps du Christ si nous nous excluons mutuellement. Alors, travaillons ensemble dans le respect de nos vocations propres et aimons-nous les uns les autres, sans naïveté certes, mais en vérité : il paraîtrait même que c’est chrétien ! 

 

Pour ma part, ce soir, je ne prétends pas lire pas l’avenir dans le creux de la paume des mains des deux nouveaux prêtres mais je sais que la grâce du Seigneur sera toujours présente pour les accompagner, les soutenir, les fortifier et pour les envoyer. Mais, pour être pleinement au service du Christ et de nos communautés, ils auront besoin de notre prière et de notre affection, alors n’hésitons pas : mains jointes et mains qui encouragent pour ces mains ointes ! 

 

mardi, juin 14 2022

Veillée d'armes, côté prof

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            Demain, ils commenceront leurs épreuves écrites : d’abord les terminales avec la philo, puis les 1ères en français jeudi, 4h à plancher dans les deux cas. Et puis, à partir de lundi, le grand oral de spécialité avec les terminales. 

 

Il y a les veillées d’armes quand on passe soi-même l’examen, puis celles quand on est l’enseignant. Il est évident que le stress et les enjeux ne sont pas les mêmes et, pourtant, c’est à eux que je pense ce soir et ce sont eux qui habitent mon cœur et pour lesquels je stresse. 

 

            Je ne crois pas vraiment qu’il s’agisse pour l’enseignant de prouver quelque chose par les résultats de ses élèves, même si de bons résultats font plaisir et procurent la juste satisfaction du devoir accompli. Il s’agit surtout d’espérer de tout cœur pour eux qu’ils sauront ne pas perdre pied devant l’inconnu d’un énoncé et réussir à donner le meilleur d’eux-mêmes, en montrant toute leur aptitude à la réflexion. C’est particulièrement vrai dans les zones « sensibles » où tant d’élèves désespèrent facilement d’eux-mêmes puisque leur vie ne cesse de se charger de pesantes difficultés au quotidien. Les nuages de leur esprit sont souvent bien sombres et j’ai encore bien trop d’exemples ces derniers jours : sauront-ils tenir bon et montrer tout ce qui était germe d’espérance en classe ces ultimes semaines ? 

 

 

Seigneur, je te les confie, surtout ceux qui traversent des choses si lourdes ;

Éveille-les à l’orée de l’épreuve lucides et apaisés,

Rends clairvoyant leur esprit,

Fortifie-les afin qu’ils ne cèdent pas au découragement et se donnent jusqu’au bout de l’épreuve sans jamais rien lâcher,

Soutiens leur plume jusqu’à son terme sans tomber dans une rapide facilité,

Rends-les heureux et fiers du travail accompli, symbole et clôture de toutes ces années de croissance,

Pour qu’ils deviennent bientôt des adultes selon ton cœur. Amen.

 

 

 

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