Zabou the terrible

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vendredi, novembre 16 2018

Un homme pressé

 

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Film au pitch sans difficultés : un homme d’affaires super doué mais tout autant super occupé qu’il est stressé fait un AVC et doit réapprendre à vivre. 

 

Alors, évidemment, on pourrait dire que c’est un film aux bons sentiments pour montrer de supposées seules « vraies » valeurs de la vie mais il va en réalité au-delà. Plein d’une belle douceur et de tendresse, le film nous offre également l’incroyable performance d’acteur de Fabrice Luchini, drolatique et touchant dans le rôle d’un homme réapprenant à vivre après un grave AVC avec une mention particulière pour le plan linguistique (qui m’a offert l’occasion d’un bon fou rire). Mais c’est à un niveau encore plus profond que peut nous travailler le film, nous tous qui vivons dans un monde qui est entièrement « pressé », qui prend mal le temps d’être, mal le temps de regarder, mal le temps de respirer : à travers les hésitations maladroites d’un homme obligé de changer, on se prend à observer les travers de notre société, à vouloir reprendre de la hauteur par rapport à ceux-ci, à avoir envie de repartir marcher, à l’exemple des personnages principaux. 

 

Car ce n’est pas un hasard, je crois, si le film parle aussi du Camino, ce chemin vers Saint-Jacques de Compostelle dont nous sommes tant à pouvoir dire qu’il a sacrément changé notre existence : il s’agit bien d’un film pour inviter à goûter à nouveau la vie au pas de l’homme, tout simplement. Si petit et, en même temps, si grand. 

 

mercredi, novembre 14 2018

Dieu ouvre un espace de liberté

Le récit de la création de l'univers (Gn 1, 1-2, 4a) est important puisqu'il livre la première image biblique de Dieu. Image de puissance créatrice. Toute-puissance entend-on dire souvent. Mais ne gomme-t-on pas trop vite un paradoxe ? C'est le septième jour que Dieu achève son oeuvre (2, 2), quand il met une limite à sa puissance créatrice et se repose. Il se montre ainsi "plus fort que sa force, ce qui est la définition de la douceur de Dieu" (P. Beauchamp). La création culmine donc dans une image de douceur déjà présente durant les six premiers jours puisque c'est par sa parole que Dieu exerce sa maîtrise sur le créé. Le sabbat de Dieu n'est pas non plus sans rapport avec ce qui précède immédiatement : la mission confiée à l'être humain de dominer la terre en maîtrisant les animaux (1, 29). En mettant un terme à son intervention créatrice, Dieu ouvre pour l'humanité, pour l'homme et la femme un espace de liberté où agir en responsabilité, où être créateurs à leur tour en exerçant une réelle maîtrise.  

André Wénin, L'homme biblique, Cerf, p. 21

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dimanche, novembre 11 2018

Si haut que soit le Seigneur

 

Évangile du jour, Jésus et la pauvre veuve aux deux pièces. 

 

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Dans la foule bruyante, faisant tinter les nombreuses pièces dans le trésor du temple, à la manière d’un don Salluste, Jésus distingue non pas qu’il en manque une mais une femme, celle qui doit à peine oser glisser sa maigre participation.

 Et pourtant, il la distingue, elle, la solitaire peu considérée, il va même jusqu’à distinguer son geste et surtout son cœur qui y préside : ce cœur prêt à tout donner pour le Seigneur. 

« Si haut que soit le Seigneur, il voit le plus humble » (Ps. 137) 

Pour le Seigneur, pas besoin de triompher en hauts faits, 

Pas besoin d’actions éclatantes, d’actes de bravoure ou de charités qui claironnent ; 

Pour le Seigneur, il y a juste à glisser, pièce après pièce, 

Juste à donner, toutes ces choses qu’on croit essentielles ;  

Il y a, peu à peu, ayant creusé ce qui n’était que notre carapace de superficialité, 

à Lui livrer avec confiance notre essentiel 

Pour qu’il soit, Lui, l’essence(vers le)-ciel, 

Notre Essentiel. 

 

samedi, novembre 10 2018

Notes en vrac d'espérance

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            Ce sont de curieux moments que les conseils de discipline. 

 

            J’ai du mal à expliquer en quoi cela constitue une place de choix pour une chrétienne qu’y siéger tant ce sont indubitablement des moments douloureux, souvent accompagnés d’une certaine violence et qui me laissent intérieurement groggy plusieurs jours de suite. Mais, en même temps, ce sont des lieux porteurs d’une incroyable espérance pour qui ose y croire : et le chrétien a, ce me semble, à s’en faire particulièrement l’écho. 

 

            Quand l’élève a – gravement – fauté, on n’est pas juste là pour le juger et le « virer », même si la disposition de la salle s’apparente alors à un tribunal, qu’on y est grave et qu’il n’est pas rare de voir nos élèves et leurs parents y trembler, voire y pleurer. Et, pourtant, si l’on prend la peine de ce moment, ce n’est pas pour exclure d’un coup parce que le cadre a été outrepassé, c’est bien plutôt pour jauger la situation et, surtout, toujours, espérer. Il ne s’agit pas la petite et à la fois si grande Espérance chrétienne mais un peu tout de même : il s’agit d’espérer l’élève dans ce « plus beau », dans ce « meilleur » dont il n’a pas encore su faire preuve et réfléchir ensemble au moyen de l’y conduire. En gros, c’est ne jamais croire que tout est fichu, ne jamais s’y résoudre… même si cela n’empêche pas la sanction d’être posée. 

 

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vendredi, novembre 2 2018

Lectures d’octobre pour mois pluvieux

 

            Quelques mots partagés sur trois romans lus et appréciés en ce mois d’octobre : à son image, Don Camillo et ses ouailles et Rosa Candida. Des styles différents mais tous très bons, pour mois pluvieux et frisquets à venir ! 

 

Jérôme Ferrari, À son image (Actes Sud, 2018) 

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            Je viens tout juste de quitter ce livre, rude et en même temps si éblouissant. La trame en est un enterrement, célébré par l’oncle et parrain de l’héroïne, prétexte pour parler de la vie de la défunte, déjà si marquée elle-même par le face-à-face avec la mort. 

            Il est question des absurdités de la vie, de violence, de guerre, de passion(s), mais aussi, en guise de fil rouge, de photographie et de ce dont elle est porteuse : Simples représentations ? Captures d’instants volés ? Clichés ? Récits de vie ? Obscénités ? 

            Le livre est rude, je le répète et, en même temps, le parrain prêtre narrateur nous ouvre à une autre dimension: tenté de s’en tenir aux paroles de la liturgie pour ne pas se laisser submerger par l’émotion, il ouvre la brèche de l’humanité dans ce qu’elle a de grand et de fragile, dans ce qui fait finalement sa beauté. « Dieu, Tu as fait l’homme à ton image et tu lui as confié l’univers afin qu’en te servant, toi son créateur, il règne sur la création » (P.E. IV). Dans les bas-fonds des hommes de ce livre, il ne reste que leur fragilité pour découvrir peut-être ce lieu, infime, ténu, où, malgré tout, ils ont été créés À son image

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jeudi, novembre 1 2018

Toussaint 2018

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Toussaint. Comme chant d’entrée, une litanie des saints… j’ai toujours aimé ce lent égrenage de personnes ayant été si proches de Dieu. Mais ils ont longtemps été pour moi des « parfaits », des « inaccessibles », des « trop admirables » ! 

 

Avec le temps, cela a changé et encore davantage depuis que j’ai vécu cette même litanie face contre terre. Maintenant, ce chant me renvoie toujours en partie à ce moment très précis et j’en ai d’ailleurs les yeux quelque peu humides. 

 

Quand la litanie des saints se vit ainsi, face contre terre, corps étendu sur le froid du sol, on est à la fois soi-même, dans l’élan de notre don, et, en même temps, on se sent vraiment rien, poussière, cette poussière que nous redeviendrons un jour. Et pourtant, durant ce temps de petitesse, l’Église sur terre chante vers le ciel et ce sont bien les saints qui sont invoqués, qui sont chantés : ils sont les compagnons de route donnés pour aider, pour indiquer le chemin. 

 

Si nul n’est jamais trop loin pour Dieu, nul n’est jamais trop petit pour aller quérir la main d’un saint. Plus que des parfaits, ils sont des frères aînés toujours pleins de ressources, ayant parcouru les multiples routes de la vie dans ce qu’elles avaient de meilleur mais parfois aussi de pire. Mais ils ont laissé à Dieu le soin d'écrire, à travers eux, la sente de leur vie et de la muer en belle calligraphie. 

 

Alors il est bon de s’approcher avec simplicité de leur lumière pour éclairer notre route vers cette sainteté à laquelle nous sommes, à notre tour, appelés. 

mercredi, octobre 31 2018

De l'air ! Du souffle !

 

Quand les portes se ferment pour se protéger des premiers frimas, les allergiques aux acariens préparent leur attirail, parés au rude combat de l’hiver, les microbestioles étant plutôt du genre féroce et aimant les intérieurs chaleureux. Dans la poche des allergiques traîne alors souvent ce qu’il faut si la crise s’aggravait et venait à dégénérer en asthme, maladie si néfaste à l’orthographe des élèves. 

 

Dans mon sac de vacances donc, par précaution, un inhalateur appelé airomir. Hier, en préparant mon sac, j’ai glissé juste à côté mon bréviaire et je me suis dit que ce n’était pas sans lien. 

 

Voici donc le bréviair-o-myrrhe, livre précieux, élargissant ta capacité à respirer le Souffle de Vie : 

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Présentation : des pages couvertes de Parole de Dieu, notamment des psaumes. 

 

Comment agit-il ? Que tu manques ou pas de Souffle, ce remède est pour toi ! Il améliore ta communication entre le Seigneur et te fait entrer dans la grande prière de l’Église. 

 

Comment doit-on utiliser ce remède ?  Attention, s’il s’agit simplement visiblement de tourner des pages, n’hésitez pas à vous reporter à la notice d’utilisation qui se trouve en début du tome 1, intitulée « PGLH » ou à consulter un ordo pour savoir dans quelle semaine « liturgique » vous vous trouvez. Ensuite, vous pourrez vous contenter de le lire, de le chuchoter, de le psalmodier, de le chanter à pleine voix à votre guise ! 

N.B. : ce remède a la spécificité d’être particulièrement approprié pour être partagé avec son voisin : utilisé, voire célébré, à plusieurs, il agit d’autant mieux ! 

 

Posologie : a minima 3 fois par jour (pour moi), plus si l’on peut. Ne pas hésiter à en user et à en abuser. Utilisable en toute saison. Usage régulier recommandé. 

 

Contre-indications : aucune. 

 

Effets primaires et secondaires 

  • Respiration +++ ! 
  • Non une accélération du rythme cardiaque mais bien une accélération de ton aptitude à aimer. 
  • Un élargissement progressif de ton cœur à la mesure de l’humanité, portée dans la prière d’intercession. 
  • Une régulation et un véritable élargissement de ta capacité respiratoire : ton rythme de prière devenant celui de l’Église entière, s’accroissant à travers les âges de la prière des psaumes priés par Jésus lui-même. 

 

 

mardi, octobre 30 2018

Chemin(s) de confiance

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Cette fois, j’avais pas mal de choses à dire : des cahots et mes K.O… des trucs que je ne dis pleinement que là, dans cet espace de confiance où l’on sait pouvoir tout dire, sans gants et sans circonvolutions inutiles. 

La prière ensemble, simple et fraternelle, l’échange, l’écoute, la confiance. 

Il faut, parfois, souvent, l’aide d’un frère pour dessiller nos yeux sur la grâce de Dieu quand elle se fait caméléon aux teintes nocturnes. 

« Mais je sais la source, même si c’est de nuit » 

C’est la place de l’accompagnement spirituel de toujours nous désigner la Source mais c’est aussi la place de tout l’accompagnement fraternel que nous avons à vivre les uns par et pour les autres. Le désigner : à nous, par nous, aux autres, nos frères, et réciproquement. 

 

Mais, pour cela, il faudrait retrouver le chemin présentement assez amoché et malmené de la confiance en Église, malgré tout. Chiche ? 

mercredi, octobre 17 2018

De bric et de broc

 

Temps ô combien incertains, 

Aux cahots des chemin, 

Rebonds multipliés des galères :

Vie, semble-t-il, de bric et de broc. 

 

Pourtant, toujours, sempiternellement, 

Ce travail en profondeur, 

Cette grâce à l’œuvre dans notre pâte humaine : 

Vie solide, semble-t-il, bâtie en briques et sur le roc. 

 

Comment ? Je ne sais. 

A quoi le vois-je ? Difficile à dire : 

Peut-être à ces contrepoints priants, 

Ces temps amoureux ménagés qui apprennent à regarder, 

Qui apprennent à voir, au-delà du simple aspect disgracieux, 

Le filigrane serein, caché, qui désigne un sillon bien plus profond. 

 

C’est la vie avec ses hics qu’on pourrait croire nazebroque, 

Une vie pleine, une vie bien de bric et de broc, 

Mais pleine d’heureuses surprises, de joyeuses trouvailles, 

Car, même si c’est de nuit, 

Car, si c’est vécu en Lui, 

Il dessine avec tout cela, bris, briques, bric et broc,

L’œuvre unique de notre vie avec Lui, sans équivoque : 

Et Il paraît toujours, inattendu mais nous attendant, dans la courbure du chemin, 

Alors qu’on le croyait sombre, de traverse, et sans le secours de Sa main. 

 

jeudi, septembre 27 2018

Aux arrêts de la grâce

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Je m’élançais vers mon rendez-vous parisien de 17h et, là, à la sortie de la gare, une drôle de petite bonne femme m’accoste : « S’il vous plaît, pourriez-vous m’accorder quelques instants ? Vous connaissez Jésus ? » 

 

Devant le caractère improbable et plutôt incongru de cette demande, j’arrête net mes grandes enjambées et lui fais un large sourire : « Oh oui, je Le connais mais surtout Il me connait…  à tel point que je Lui ai consacré ma vie ! » 

            Elle sourit et lève les yeux vers la croix qui est autour de mon cou : 

- Ah vous êtes religieuse ! 

- En quelque sorte ! 

- Et vous savez tout ce qu’Il a fait de grand ? 

- Oh, tout, je ne sais pas. Je ne crois pas non mais j’aime à le découvrir jour après jour. 

 

            Et la drôle de petite bonne femme de me raconter, après avoir évoqué le mystère de la croix, les grandes llignes de son histoire : une guérison, une conversion… Je ne sais pas si elle était catholique ou d’une autre confession chrétienne mais, à travers son récit un peu embrouillé dans certains détails se manifestait beaucoup d’amour et beaucoup de foi. Et elle de terminer : « et vous savez, je vous raconte cela car, moi qui étais timide, j’ai changé, je L’ai rencontré ! J’ai besoin désormais de raconter cela, de parler de Jésus et de tout ce qu’Il a fait pour moi aux gens ! » 

 

Et bim… Et moi, est-ce que je ressens si souvent ce besoin irrépressible de partager ce que le Seigneur a fait dans ma vie ? 

 

Post scriptum : Comme le disait la personne que je retrouvais ensuite et à qui je partageais cette rencontre improbable : « il n’y a qu’à toi que ça arrive des trucs comme ça ». Je n’en suis pas certaine pas mais je crois que Dieu avait envie de partager les merveilles qu’Il semait !

 

mercredi, septembre 26 2018

En lisant, en écoutant, en recevant Ta Parole et Ton pain

 

Première lecture du jour : « Ne me donne ni pauvreté ni richesse, accorde-moi seulement ma part de pain. » (Pr 30). Ni trop, ni trop peu, mais bien "ma" part, celle qui est prévue, ajustée pour moi. 

 

Vivant et travaillant dans le monde, je ne parviens pas à aller à la messe tout à fait tous les jours, même si je le souhaiterais et que cela m’est fortement recommandé : « Appelées à vivre l’intimité avec le Seigneur, l’identification et la conformation à Lui, elles reçoivent le Pain de vie de la table de la Parole de Dieu et du Corps du Christ, dans la participation, si possible quotidienne, à la célébration eucharistique. » (Ecclesiae Sponsae Imago

Ce jeûne involontaire de certains jours me montre la valeur de cette « part de pain », de cette part de pain vivant qu’est l’Eucharistie quand je peux y participer. Elle est force et nourriture sur la route ! 

 

Et, en même temps, j’ai bien conscience que cette part du pain dont il est question est aussi très concrètement celle de chaque jour, celui qui peut constituer notre repas et cela me rappelle la récente lettre du pape François au peuple de Dieu : « En même temps, la pénitence et la prière nous aideront à sensibiliser nos yeux et notre cœur à la souffrance de l’autre et à vaincre l’appétit de domination et de possession, très souvent à l’origine de ces maux. Que le jeûne et la prière ouvrent nos oreilles à la douleur silencieuse des enfants, des jeunes et des personnes handicapées. Que le jeûne nous donne faim et soif de justice et nous pousse à marcher dans la vérité en soutenant toutes les médiations judiciaires qui sont nécessaires. Un jeûne qui nous secoue et nous fasse nous engager dans la vérité et dans la charité envers tous les hommes de bonne volonté et envers la société en général, afin de lutter contre tout type d’abus sexuel, d’abus de pouvoir et de conscience. » 

 

J’y pensais en lisant la suite de ce chapitre des Proverbes : « Car, dans l’abondance, je pourrais te renier en disant : « Le Seigneur, qui est-ce ? ». N’est-ce pas ce qui nous arrive quand nous vivons une routine confortable de notre vie chrétienne, n’est-ce pas ce qui nous est arrivé quand nous sommes dans l’opulence, dans l’insouciance, oubliant le Seigneur à force d’oublier d’écouter le plus petit, le plus faible, le blessé ? 

 

Et si jeûner, et si se contenter, certains repas, d’un peu de pain, dans la discrétion, était aussi ouverture à une communion plus grande mais aussi d’un retour à l’Essentiel, pour mieux savoir reconnaître Celui qui nourrit toutes nos vies et Celui qui guérit toute vie ? 

 

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samedi, septembre 22 2018

Silence, je vous prie ?

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Georges Rouault


Et venir, encore et toujours, soir après soir, jour après jour, 

Prendre ce temps avec Toi, silencieusement, à écouter Ta Parole : 

J’ai plein de trucs à Te dire, sans doute à récriminer un peu aussi 

(Tu avoueras qu’il y a de quoi, non ?) 

 mais je ne sais même pas trop par quoi commencer, 

Alors, je me tais, devant ce coin prière où j’aime non pas passer du temps mais bien prendre du temps, surtout quand je ne l’ai pas et que j’y viens en fin de semaine, un peu harassée. 

 

Tu sais, le long de la semaine, j’aimerais vraiment bien être comme les deux belles icônes qui l’ornent : 

J’aimerais être comme st Jean-Baptiste pour Te désigner en toute chose et T’annoncer même quand le désert semble l’emporter comme aujourd’hui ; 

J’aimerais être comme st Pierre et st Paul, ces colonnes de l’Église, capables de porter Ta parole à chacun, solidement et amoureusement, même dans les communautés où règne le scandale ou, parfois, le paganisme indifférent à Dieu. 

 

J’aimerais tant savoir quoi dire en toutes les circonstances compliquées du jour : celles de l’Église et les galères plus personnelles que je vois autour de moi et j’ai l’impression de ne pas du tout y arriver ; 

J’aimerais tant, Tu sais, jeûner et prier, non pas un peu, mais à fond comme le pape François nous y invite, nous tous, peuple de Dieu, et je vois bien que mes actions sont minimes ;  

J’aimerais tant réussir à ne pas stresser intérieurement à chaque problème rencontré, et je sais bien que la confiance en Toi n’est pas encore une compétence suffisamment acquise, n’irriguant pas suffisamment les profondeurs de mon être ; 

J’aimerais tant savoir aimer même mes élèves les plus compliqués et, comme chaque année, je vois bien à quel point ce n’est jamais franchement gagné cette conjugaison sans faute du verbe « aimer »… 

La liste est longue mais Tu la connais par cœur et, sur le premier point, je crois que nous, catholiques, arrivons décidément à peu de choses, autrement qu’à en rester choqués, partant cois. 

 

J’aimerais… mais j’aime aussi simplement être là, avec Toi. 

Ce soir, j’ai écouté Ta Parole et laissé poser et reposer le silence,

Silence à peine troublé par les bruits de la vie alentour qui s’endormait, 

Ce silence par lequel Tu veux aussi toucher mon cœur, 

Ce silence qui sait régner entre ceux qui se connaissent suffisamment bien pour demeurer ensemble ainsi, en silence, 

Car l’amour s’y dit aussi, différemment mais très profondément, 

Et peut-être d’ailleurs que c’est cet apprentissage du silence d’écoute, fraternel et aimant, 

En nous taisant au lieu de parler à tort et à travers, à l’écoute du bruit d’un fin silence

Que Tu veux nous apprendre à vivre avec Toi,

Pour apprendre à le vivre avec tous. 

 

jeudi, septembre 20 2018

Mieux qu'un capitaine à bord, un évêque sur sa cathèdre !

 

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« Faire la fête en Eglise en ces circonstances ecclésiales difficiles ? Célébrer une ordination épiscopale ? » … Eh bien, oui, malgré tout, parce que l’Église demeure et qu’elle continue à nous donner le Christ et qu’il n’y a tout de même pas mieux possible que cela ! Ce fut dimanche à Nanterre et cela restera gravé en ma mémoire : non seulement parce que c’était la première que je voyais, avec ses rites magnifiques si signifiants, en chair et en os, et non pas d’un œil distrait sur mon ordinateur, mais aussi parce qu’il s’agissait d’un évêque que je recevais comme tel pour mon diocèse, comme diocésaine et, encore plus spécifiquement, comme vierge consacrée dépendant directement de lui. Accueil tout spécial de celui qui aura la charge de nous conduire, nous ses brebis, sur les verts pâturages du Seigneur, tel le Bon Pasteur : Dieu sait – c’est le cas de le dire – si la charge est lourde et peu aisée ! 

 

« Avoir un nouvel évêque, c’est avoir un nouveau patron seulement ? Pas super original, c’est juste une occasion de faire la fête ». Certes mais, pour nous les chrétiens (qui aimons, de fait, faire la fête), un évêque, ce n’est pas le patron, ce n’est pas le boss : c’est avant tout un Serviteur (« Serviteur des serviteurs de Dieu » se fait appeler le pape, autrement dit l’évêque de Rome), un serviteur du seul « Boss » qui, Lui-même s’est fait tout petit, homme, et obéissant jusqu’à la croix. Pas de quoi parader mais, peut-être de quoi frémir pour lui tant, par son ordination épiscopale, il est désormais configuré au Christ en plénitude et entre dans cette grande succession apostolique ininterrompue depuis les premiers siècles. J’ai aimé voir mon nouvel évêque ému durant cette célébration : je ne suis pas dans son cœur mais j’imagine qu’en recevant cette charge, on se sent tout petit, tout simple instrument, et qu’on perçoit combien Dieu est grand ! 

 

            Et, à l’instar de la messe chrismale, l’ordination et l’installation d’un nouvel évêque, c’est une fête de la grande famille que constitue un diocèse en toutes ses composantes : on en accueille un nouveau membre, dans une spécificité toute particulière, car sans cet être qui nous manquait jusque-là, nous serions foncièrement dé-peuplés, moins « peuple de Dieu en marche »

 

Ainsi donc, les évêques ont reçu, pour l’exercer avec l’aide des prêtres et des diacres, le ministère de la communauté. Ils président à la place de Dieu le troupeau, dont ils sont les pasteurs, par le magistère doctrinal, le sacerdoce du culte sacré, le ministère du gouvernement. De même que la charge confiée personnellement par le Seigneur à Pierre, le premier des Apôtres, et destinée à être transmise à ses successeurs, constitue une charge permanente, permanente est également la charge confiée aux Apôtres d’être les pasteurs de l’Église, charge à exercer sans interruption par l’ordre sacré des évêques (Lumen Gentium, §20)

 

Alors, c’est une joie immense et combien elle se ressentait sur les visages et se reflétait à la sortie de la cathédrale ! 

 

            D’ailleurs, ce n’est pas un « programme d’action » que nous a donné notre nouvel évêque à la fin de la célébration mais bien des intentions de prière comme un signe du seul grand axe profond de son épiscopat, celui de la prière, de la relation à Dieu, où et en Qui tout trouve source. Et peu importe les réflexions entendues ici ou là à la sortie, les paris sur l’avenir : « il va être comme ceci ou comme cela », qu’importe s’il nous mène mieux à Dieu ! Et il est là pour cela, a fortiori dans les circonstances actuelles tragiques où le bon cap semble parfois difficile à distinguer. 

 

              A nous d’être de bons « Simon de Cyrène » pour l’épauler comme nous pouvons et, avant tout, par notre humble mais fidèle prière. 

vendredi, septembre 14 2018

François, l’homme touché et touchant

 

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            Annoncé depuis des mois, voici enfin en salle depuis ce mercredi 12 le film de Wim Wenders consacré au pape François. S’il me semblait indispensable d’aller le voir, je craignais d’assister à une pieuse et pontifiante (c’est le cas de le dire) hagiographie, peu porteuse, qui eût été rater l’Essentiel et encenser un homme.  

 

            Alors, certes, certains moments m’ont agacée sur ce plan précis, notamment une comparaison malheureuse de François avec ses prédécesseurs lors d’un moment de narration de la voix off mais ils sont bien peu de choses par rapport à tout ce que j’ai aimé dans ce film, permettant une remarquable mise en perspective du pontificat du pape François sous l’angle assumé de son premier geste prophétique : le choix de son nom. 

 

            C’est vrai et je n’y pense pas assez personnellement : quels sont les choix que pose le pape François et qui peuvent être reliés au grand saint d’Assise ? Ils sont en réalité nombreux et permettent de comprendre mieux que jamais la cohérence de son pontificat (bon, certes, la grande cohérence restant le Seigneur !). 

 

           Alors, en regardant ce film, peut-on dire Le pape François, un homme de parole comme l’annonce son titre ? Je n’en suis pas certaine. J’aurais plutôt précisé, en admirant les beaux plans du film et surtout les gestes posés, décidés, assumés, accompagnés certes de paroles fortes : « François, un homme touché et touchant », dans tous les sens que l’on peut donner à ces deux termes. Un homme qui écoute – il y invite clairement dans le film – à fond, qui se laisse toucher par Dieu et par la misère du monde, jusqu’à celle de la terre et touchant, touchant parce qu’il est à la fois une personnalité et pas grand-chose et touchant parce qu’il a cette incroyable aptitude au contact, à toucher les malades et à toucher les cœurs, parfois même ceux des plus puissants. 

 

          Et je l’avoue, j’ai plusieurs fois été émue, en me disant : « ce qu’il a raison ! » ou devant les situations qui te tordent les entrailles si tu as une once d’humanité et de compassion. De plus, le bonhomme laisse comme toujours transparaître une belle simplicité ou plutôt une authenticité qui permet d’y croire, de le croire. Cet homme n’est pas parfait, on le sait tous, il est humain, comme nous, alors parfois on a envie de dire, quand la narration se fait trop élogieuse, « la ferme » car ce n’est pas rendre service au film qui montre si bien cette lourde charge de diriger la barque de Pierre au milieu du monde. Mais on perçoit bien combien ce pape cherche à nous tracer un chemin, à travers les cahots de la vie, vers plus de vie et vers la Vie justement : alors merci pape François et merci à Wim Wenders pour cette belle œuvre ! 

 

 

jeudi, septembre 13 2018

Dites 33

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            Avant-hier, comme certains l’ont vu ou su ici ou là, j’ai eu 33 ans. Cette date d’anniversaire, finalement peu importante, a tout de même quelque chose d’un sympathique rituel de rentrée, permettant de retrouver quelques amis proches pour l’occasion après la relative séparation estivale. Cette année, toutefois, j’ai 33 ans, l’âge qu’on associe généralement au Christ, point anecdotique que je trouve très chouette.   

 

            Vrai ou faux cet âge du Christ au moment de sa mort et de sa résurrection ? Peu m’importe. J’ai désormais le même âge que le Bien Aimé, que Celui avec lequel j’ai décidé d’unir ma vie d’une manière toute particulière. En même temps, vous me direz qu’Il est éternel ? Certes mais, tout de même, Il s’est incarné, ce qui est extrêmement loin d’être dénué d’importance pour un chrétien ! 

 

            Je me dis que c’est un appel tout particulier à laisser résonner Sa vie en moi cette année où nous avons en quelque sorte le même âge – du coup, j’ai décidé de développer ma lectio divina de cette année tout entière autour d’un évangile (St Luc en l’occurrence, année C arrivant oblige). Mais, en même temps, je ne peux pas m’empêcher de me dire : « wouah ! Jésus, à 33 ans, Il a sauvé le monde ! Trop la classe ! J’ai franchement le meilleur époux qui soit ! » et… moi ? Ben, hum, pas pareil, c’est franchement pas gagné. 

 

            Mais pourtant, moi, je n’ai pas à sauver le monde, à 33 ans ni plus tard. Oh, parfois, a fortiori quand on a un tempérament quelque peu fonceur comme le mien, on a envie de se laisser prendre au jeu du sauveur de nos frères mais, sincèrement… c’est déjà fait ! Et c’est cela qui importe ! 

 

            Dieu ne me demande pas de sauver le monde, Il me demande de lui être, parfois, cette « humanité de surcroît » pour Le porter à mes frères. En fait, à 33 ans, comme avant, comme après, comme jusqu’au dernier jour de ma vie, Il me demande, humblement, de Le suivre toujours plus intimement, pas à pas, comme je peux, même en trébuchant, même en me ramassant bien une bonne gamelle, mais toujours avec Lui. 

 

            Alors, à 33 ans, je ne ferai pas d’action grandiose, je me contenterai du pas à pas émerveillé à la suite du Christ, dans Son compagnonnage si amoureux et si joyeux qu’Il nous pousse à chercher à l’imiter. Cette marche, toute simple, c’est ma plus grande joie et, comme programme d’année… ce sera bien assez pour moi ! 

 

lundi, septembre 10 2018

Ensemble

 

J’ai compris que si la course (du salut) demeure en dernier recours une affaire individuelle, elle se déploie tout entière dans une dimension communautaire qui n’a rien d’inessentiel. La remarque vaut par exemple pour l’utilité des conseils reçus de « ceux qui savent » - les entraîneurs et les vétérans – et peuvent donc diriger le coureur mieux qu’il ne le ferait lui-même ; pour cette joie, si présente au départ des épreuves populaires, qu’engendre le fait d’être rassemblés dans la course ; et pour l’étonnante efficacité des secours procurés par ces petits gestes ou mots de solidarité et d’encouragement que les coureurs partagent quand s’installent la fatigue et la peine. 

 

in Denis Moreau, Comment peut-on être catholique ?p. 182

dimanche, septembre 9 2018

Encore une rentrée ?

 

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            Une de plus ? Rien à découvrir ? Pas vraiment, non : est-il vraiment une rentrée semblable à une autre ? Même s’il est des rites incontournables pour entrer en l’année scolaire, les rentrées se succèdent sans jamais être similaires, apportant leur parfum de neuf, d’inconnu, d’aventure, même ! 

 

En tout cas, ça y est, je les ai tous rencontrés, ces environ cent élèves répartis en quatre classes : des visages certes déjà connus pour beaucoup mais aussi d’autres simplement croisés ou encore pleinement inconnus. Les vacances leur ont fait gagner qui une dizaine de centimètres (ah le petit 4èmedevenu grand 3èmequi te lance avec une immense fierté : « Madaaaaame ! Je vous ai dépassée, ça y est !!! »), qui un joli hâle, qui un beau sourire où la joie de l’été ne s’est pas éteinte sur un visage qui fut jadis si fermé. Ces changements physiques rappellent très clairement qu’il ne faut pas les enfermer dans ce que l’on connaît déjà d’eux, en bien ou en… moins heureux ! Que sera cette année ? Que sera cet enfant ? Ce n’est pas au professeur de le décider ou de le deviner et c’est heureux. 

 

            J’éprouve de plus en plus de la joie à la rentrée, non des diverses réunions qui, elles, ne m’enchantent guère, mais de découvrir, de faire connaissance, d’apprendre à rencontrer ces jeunes esprits qu’il faudra aider à former, à faire grandir. Et cela, c’est une grande mission, si belle que je pense qu’on ne s’y habitue jamais tout à fait : elle est différente à chaque rentrée. 

 

            Comme tous les ans, j’ai glissé une nouvelle liste de noms dans mon coin prière, ceux de « ma » classe, une manière comme une autre de me rappeler de toujours prier pour eux – après tout, ils ont écopé sans le savoir d’une consacrée comme prof principale – et, surtout, que c’est un plus grand que moi, le meilleur de tous les pédagogues (et pourtant, il a eu du boulot avec l’être humain !) qui forme et qui doit former à travers moi. Cette année, de surcroît, c’est en 3èmeque j’assurerai cette mission avec ce que cela comporte d’implications en termes d’aide à l’orientation et, même si j’ai confiance, je ne fais pas franchement la fière tant ce sont de premiers vrais choix de vie pour certains : Seigneur, je vais avoir besoin de Toi !

 

Alors, Seigneur, fais avec moi cette année comme avec le sourd-muet de l’évangile du jour, s’il Te plaît : 

Ouvre mes oreilles et surtout celles de mon cœur : donne-moi d’apprendre à écouter Ta parole pour écouter ensuite mes élèves à fond dans ce qu’ils bafouillent de leurs grands désirs ; 

Délie ma langue de ce qui l’entrave vers la Vérité et la justesse ; 

Donne-moi de parler correctement, c’est-à-dire dans une charité sans faille, qui sache trouver le mot juste pour encourager, pour reprendre sans décourager et sans me décourager, pour orienter et réorienter ce qui doit l’être, pour tirer vers le haut, pour pousser et ramener celui qui est à la traîne, pour enseigner, bref pour exhausser plutôt qu’exaucer. Amen.  

 

dimanche, août 26 2018

Miserere nobis

 

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Au nom du Père du Fils et du Saint Esprit. 

Tracer sur soi ce « signe indélébile de Son amour », et se préparer à demander pardon. 

 

Je confesse à Dieu… Kyrie eleison ; 

Seigneur, prends pitié : pardon ! Pardon, pardon, pardon !!! J’ai envie de le crier aujourd’hui. 

Dans l’Église, nous ne sommes pas des Caïn, nous sommes responsables de notre frère, de nos frères. 

Pardon Seigneur pour tous ces « petits » qui sont les tiens, où Tu demeures, et qui ont été blessés d’une manière terrible. 

Pardon Seigneur à Toi, pardon à eux, j’ai envie de leur dire à genoux, pour me mettre pleinement à leur hauteur, humblement. 

Je ne saurais leur demander pardon correctement mais je crois qu’on ne leur demandera jamais suffisamment pardon : pour les actes et de toutes les complicités pour garder obscur ce qui aurait dû être révélé en pleine lumière, pour soigner, pour redresser, pour guérir. 

 

Et puis, le Gloria : 

… Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris, qui tollis peccata mundi, miserere nobis… 

C’est Toi qui as déjà porté et continues de porter le péché du monde : mon Dieu, Toi le Miséricordieux, porte-les…

 

Parce que nous sommes les membres de Son corps disait la deuxième lecture. 

Parce que l’Eglise, ce n’est pas « eux », c’est « nous ». 

Et pardon Seigneur pour leurs agresseurs, parce que, dans l’Église, le péché d’un seul concerne bien nous tous, réellement et spirituellement : 

 

Parler de péché social veut dire, avant tout, reconnaître que, en vertu d'une solidarité humaine aussi mystérieuse et imperceptible que réelle et concrète, le péché de chacun se répercute d'une certaine manière sur les autres. C'est là le revers de cette solidarité qui, du point de vue religieux, se développe dans le mystère profond et admirable de la communion des saints, grâce à laquelle on a pu dire que "toute âme qui s'élève, élève le monde" (É. Leseur). A cette loi de l'élévation correspond, malheureusement, la loi de la chute, à tel point qu'on peut parler d'une communion dans le péché, par laquelle une âme qui s'abaisse par le péché abaisse avec elle l'Église et, d'une certaine façon, le monde entier. En d'autres termes, il n'y a pas de péché, même le plus intime et le plus secret, le plus strictement individuel, qui concerne exclusivement celui qui le commet. Tout péché a une répercussion, plus ou moins forte, plus ou moins dommageable, sur toute la communauté ecclésiale et sur toute la famille humaine. (Jean-Paul iiReconciliatio et pænitentiae, §16) 

 

Alors, même à ceux qui viendront mépriser notre appartenance à l’Église certains jours plus visiblement constituée de pécheurs que sainte, il ne sera peut-être pas de trop de demander aussi « pardon ».

 

Et l’évangile qui vient se poser là où il faut sur nos questionnements : 

- Voulez-vous partir, vous aussi ?

- Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.

 

Alors prier éperdument, 

Alors T’adorer, 

Alors Te recevoir dans Ta parole et dans Ton pain de Vie pour être uns dans l’Amour, en Église, malgré tout. 

 

Il est évident que le spirituel ne suffira pas, qu’il faut mettre les faits en lumière et poser des sanctions et des critères nets, aussi bien de discernement que de fonctionnement pour que « JAMAIS PLUS ! ». 

 

Mais il est aussi évident que c’est à genoux, en adorateurs vrais du Père, en nous approchant de Sa Lumière qu’Il nous donne, Lui qui est la Vérité, que nous saurons à notre tour lutter contre les ténèbres, arrêter toute conspiration du silence, en résumé être ce qu’Il nous appelle à être pour nos frères : non des conspirateurs préférant l’ombre pour agir mais bien lumières du monde, appelés à servir et à aimer en plein jour. 

 

samedi, août 25 2018

En maturation de rentrée

 

Un extrait de la belle préface de Mgr d’Ornellas au livre de Marguerite Léna L’Esprit de l’éducation (éd. Parole et Silence), comme pour se préparer à notre rentrée d’éducateurs… et des mots peut-être particulièrement bienfaisants en ces temps troublés (oui, la citation est assez longue mais cela le mérite) : 

 

            L’éducation est inhérente à la vie humaine. Quand le petit d’homme vient au monde, il est livré au geste éducateur qui l’accueille. Quel que soit ce geste, le plus simple, le plus normal comme celui de la jeune accouchée vis-à-vis de son nouveau-né l’accueillant sur son sein, ce geste porte en lui confiance, sécurité, amour et croissance. Il est éducateur. Le petit d’homme est livré à l’éducation. Ainsi en est-il de toute vie humaine grandissante. C’est pourquoi les adultes ont, par le fait même qu’ils sont adultes, la noble mission de l’éducation. Ainsi en est-il de toute vie humaine arrivée à maturation. Nous ne nions pas la spécificité de la tâche de l’éducation dans les métiers qui la requièrent de façon particulière. Mais, au-delà ou en amont de ces tâches spécifiques et nécessaires, que nous le voulions ou non, il est une attitude de l’être et de la présence, une qualité de la parole, qui sont éducatives ou, au contraire, ne le sont pas. 

            Tel est le lien « fraternel » qui relie les générations. Tous, nous recevons d’un « frère » aîné ! « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » lit-on dans l’Écriture Sainte. C’est un frère en humanité, arrivé à maturation, qui fait advenir en son semblable encore enfant ou jeune, la pleine force de la dignité humaine. Nul ne conquiert la liberté dans un combat solitaire. Même si nul ne peut advenir à la liberté à la place d’un autre, ce chemin qui y conduit se parcourt avec un guide, un « frère » davantage expérimenté, un aîné. La relation adulte-enfant est singulière. Elle a sa figure originale et spécifique. Elle est d’une autre nature que la relation adulte-adulte ou enfant-enfant. Ne pas le discerner est source de méprises graves et, parfois, mortelles. 

            La Bible dévoile à quelle profondeur la vocation de l’éducation est inscrite au sein de toute vie humaine. Le peuple d’Israël, après de longues années de vie avec son Dieu, semée de joies et de désespoirs, de refus obstinés et d’élans de confiance, finit par entendre l’appel qui le fait vivre : « Écoute, Israël, Unique est le Seigneur ton Dieu. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force ». Jésus, Messie d’Israël, n’aura pas d’autre ambition que de le refaire entendre au Peuple que son Père ne cesse d’enfanter au milieu du monde. A la question qui lui est posée sur le « plus grand » commandement parmi tous ceux que contient la Loi de Dieu, il répond sans hésiter : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit ». (Mt 22,37). 

            Mais sait-on la portée exacte de ce « plus grand » commandement ? Lisons-le en entier : « Tu aimerais le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Que ces paroles que je te dicte aujourd’hui restent dans ton cœur ! Tu les répéteras à tes fils, tu les leur diras aussi bien assis dans ta maison que marchant sur la route, couché aussi bien que debout… » (Dt 6, 5-6). Ainsi, dans le « plus grand » commandement, celui qui donne la vie, est inscrit l’acte de l’éducation, de la transmission aux fils. Impossible de recevoir de Dieu « le plus grand commandement », sans entendre de Lui l’invitation à entrer avec générosité dans la tâche éducative. Celle-ci appartient à ce qu’il y a de « plus grand ». 

            Cette tâche n’est pas un fardeau ni une nécessité à laquelle il faudrait se résigner, elle est une joie, elle est une source de vie, tant pour le « fils » que pour celui qui éduque. Car l’acte éducatif fait être vraiment homme celui qui le pose, vraiment femme celle qui s’y adonne. Et chaque adulte ne se trouve en vérité que quand il transmet à la génération qui le suit ses propres raisons de vivre en liberté et en paix. 

 

Mgr Pierre d’Ornellas

 

 

dimanche, août 19 2018

Actualité eucharistique

En ce temps-là, Jésus disait à la foule :
    « Moi, je suis le pain vivant,  qui est descendu du ciel :  si quelqu’un mange de ce pain,  il vivra éternellement. 
Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. »

Au gré des lectures, ces quelques lignes tirées du Cahier de la NRT sur Le Sacerdoce, humain et divin, masculin et féminin comme en écho de ce que dit le Christ dans l'Evangile du jour sur le pain de Vie, qui concerne chacun personnellement mais encore Son peuple qu'est l'Eglise, pour nous aider à vivre encore plus pleinement chaque messe, chaque eucharistie. 

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Jean Bazaine, L'Eucharistie, vitrail de l'église Saint-Séverin (Paris)

Voir l'Eglise comme naissant actuellement et constamment de la mort de Jésus, c'est voir qu'il n'y a d'Eglise que par le sacrement de l'eucharistie. L'eucharistie est, en effet, - au sens le plus fort du mot - la représentation de la mort de Jésus. L'Eglise naît donc incessamment de l'Eucharistie. Là, chaque jour, est à nouveau suscité comme Eglise, par la Parole et la mort de Jésus, le peuple chrétien toujours à nouveau informe et languissant s'il se sépare de la source dont il sort, en reléguant celle-ci dans le passé. Considérer l'Eglise à part de l'actualité eucharistie, c'est la réifier, c'est ne plus voir en elle que sa réalité sociologique, juridique, morale ou même dogmatique, séparée de sa réalité proprement spirituelle de Corps vivant du Seigneur. 

Mais l'eucharistie n'étant pas simplement répétition d'un geste ou d'un rite, mais actualisation, elle est inséparable de la parole. La parole humaine est, à l'intérieur d'un langage commun et universel, l'irruption d'une rencontre ou d'un événement actuels. Ainsi l'eucharistie est-elle aussi actualisation de la Parole de Jésus. Non simple lecture de sa Parole écrite, mais proclamation, présentation, explication, mise en rapport de cette Parole avec l'aujourd'hui de la vie, prédication. Aujourd'hui comme hier, l'Eglise est donc créée, suscitée, rassemblée, par l'actualité de la Parole de Jésus, prêchée dans l'Esprit Saint. 

J.-M. Hennaux, s.j. "Le sacerdoce, vocation ou fonction ?",  Le Sacerdoce, humain et divin, masculin et féminin, Cahiers de la NRT, CLD éditions, 2018, p.58-59

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