Zabou the terrible

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lundi, septembre 26 2022

Ce que nous savons d’eux

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            « Au fait, sais-tu pourquoi... ? », ainsi les profs s’interpellent-ils parfois à l’occasion d’un couloir moins fréquenté ou d’un recoin plus tranquille de la salle des profs. Et là se dévident des bribes de vie d’un élève qu’on a eu, dont on a été professeur principal, sur lequel on sait des éléments extra-scolaires avec la plus grande délicatesse et la plus grande pudeur possibles. 

 

            Comme professeur et a fortiori dans les zones plus difficiles, nous entrons souvent de plain-pied dans des existences qui ne sont pas les nôtres : nous n’avons pas forcément donné notre accord, nous y avons rarement été conviés avec politesse, c’est juste ainsi. L’un s’est écroulé en sanglots devant nous un jour sans prévenir, l’autre a demandé à nous voir pour parler du stress d’un examen et a tout déballé sans qu’on s’y attende ou encore une fin de cours s’est prolongée en vaste confidence pour telle autre, et cela sans parler des réunions parents-profs qui offrent encore d’autres aperçus relationnels. Malgré nous, on apprend à plonger un peu dans la bourbe tourmentée qui entoure tel élève, simplement pour faire, malgré tout, un bout de chemin avec lui, avec elle. A vrai dire, il y a souvent des choses qu’on préférerait ignorer... mais qui refuserait de les écouter si cela permet d’aider un peu moins mal ? 

 

            Or, quand un élève change de classe et donc de professeur principal, il n’y a pas de transmission formelle des informations : déjà l’équipe change beaucoup d’année en année, l’établissement est bien trop grand pour que ce soit formalisé avec tant de classes même si l’équipe était stable – rêvons ! – et puis, sincèrement, qu’en dire sans voyeurisme ? Il y a des choses trop personnelles pour les écrire, pour les transmettre sans contexte et sans détails trop gênants. Parfois, cependant, un collègue sait qu’un autre collègue sait quelque chose et va le trouver et c’est là que naissent ces échanges un peu bizarres, où nous parlons non des notes mais de la vie de ces autres qui nous sont confiés : je connais peu d’échanges aussi pudiques entre profs que ceux-là tant on ne se sent pas vraiment fiers devant les horreurs que nous partageons. 

 

            Ce que nous savons d’eux, c’est souvent beaucoup et en même temps pas grand-chose : des sortes de grosses roches noires qui prennent trop de place dans leur existence, bien malgré eux et qui les gênent pour mener paisiblement leur existence d’élève. On sait bien qu’on ne les enlèvera pas mais on peut se tenir à côté d’eux pour contourner une partie de l’obstacle au fil d’une année, peut-être, si les choses se déroulent bien... pour être vigilants et empêcher qu’elles s’effondrent sur eux en faisant appel à d’autres soutiens si nécessaire. 

 

           De l’extra-scolaire et du scolaire, des drôles de trucs que je n’aurais pas imaginé en entrant dans le métier. Évidemment, comme chrétienne, c’est toujours une invitation à les remettre sous le regard de Dieu, à s’efforcer mieux de les voir comme Dieu les voit, à les aider aussi à voir tous les rebords lumineux, malgré tout, de leurs existences : ce sont les marchepieds qui s’appellent « petites joies du quotidien », « talents », « éducation », « espérance » ou encore « confiance » grâce à l’appui desquels ils pourront s’élever. 

 

 

 

jeudi, septembre 1 2022

L'été en... un podcast - les romans qui ont changé le monde

 

            Si mon été 2021 avait été marqué côté podcast par la formidable série sur l’Apocalypse, texte et culture, « d’hier à demain » de François Bessonnet et de ses compères (n’hésitez VRAIMENT pas à aller l’écouter : ce n’est que du bon ! J’ai notamment découvert grâce à ce podcast la série Good Omens qui est délicieusement décalée et que je vous invite à regarder si ce n’est pas le cas), l’été 2022 et ses trajets fut plus littéraire avec des épisodes proposés par France culture : 

 

Les romans qui ont changé le monde

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            Dix romans du xxe siècle dont le choix comporte une claire part d’arbitraire (enfin, je pense que tout amoureux des Lettres ferait son propre choix, potentiellement différent) mais superbement présentés : un ou plusieurs invités en sus du présentateur Mathias Enard, deux extraits lus par une comédienne – dont, systématiquement, l’incipit – un ou deux morceaux musicaux en écho... on est plongé dedans ! Je dois dire qu’écouter l’incipit de Voyage au bout de la nuit au volant de ma Zaboumobile a été une belle expérience où la langue si travaillée autant que relâchée de Céline prenait tout spécialement vie ! Les échanges sont dans l’ensemble de bonne tenue et l’on ne s’ennuie vraiment pas. 

 

            Dix épisodes qu’on savoure et qui nous poussent à lire encore et toujours, même quand la rentrée s’annonce... mais c’est loin d’être péché quand on est prof de Lettres, non ? 

 

P.S. : France culture a sorti aussi 2 séries avant et après qui ne sont pas sans lien et que je compte écouter : « comment les films changent le monde » avec 10 films sur le même principe et, après les romans, « les œuvres d’art qui ont changé le monde ». 

P.S. 2 façon page de pub : Mais on n’oublie pas de se préparer à écouter début octobre la saison 3 du « Café de Sèvres » 

Avant l’accueil, devant la liste de classe

 

Comme une litanie de prénoms à égrener en chapelet : 

Seigneur, donne-moi de les aimer ! 

Chacun et tous, dans leur globalité et dans leur singularité. 

 

Aide-moi à étancher mais surtout à creuser leur soif d’apprendre, leur soif de vivre ; 

Aide-moi à trouver les mots justes pour qu’ils apprennent mais aussi pour les aider à grandir, à s’épanouir, à avancer sur leur chemin personnel d’homme ou de femme responsable, bientôt adulte ; 

Donne-leur d’avoir des rêves et d’avoir le goût de la persévérance pour aller au bout de ceux-ci 

 

Donne-nous, ensemble, une bonne année : je la place, pour eux comme pour moi-même, tout entière sous Ton regard. 

Amen. 

 

mercredi, août 31 2022

L’été en... une vertu – l’hospitalité

 

« Que demeure l’amour fraternel ! N’oubliez pas l’hospitalité : elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges. » (He 13, 1-2) 

 

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            Je clos cet été le cœur empli de gratitude pour l’hospitalité reçue, à plusieurs endroits, au fil de mes pérégrinations, mais en particulier sur le chemin d’Assise. Alors que pendant des jours et des jours, je peinais à trouver des lieux d’hébergement à notre petite communauté itinérante, tout s’est débloqué providentiellement et au-delà de ce que j’escomptais personnellement. Trois soirs particulièrement nous avons été reçus avec le cœur : d’un apéritif offert avec chaleur le premier soir alors que nous avions trouvé porte close à l’église, un autre soir chez des anciens pèlerins qui avaient tout préparé pour que nous soyons au mieux et enfin par des paroissiens chargés par leur curé de nous accueillir et qui en avaient recruté d’autres pour une inoubliable soirée ; Trois cas où les gens n’étaient pas tenus de nous accueillir et où, en plus d’ouvrir leur porte, ils ont largement laissé s’ouvrir leur cœur. 

 

 

Merveille que la gratuité de l’amour ! Se laisser accueillir, aussi, de l’autre côté, en n’ayant rien à donner en retour est pleinement désarmant : alors qu’on n’avait à première vue rien en commun, on se retrouve autour d’une même table ! Il y a là quelque chose d’une justesse de l’amour qui outrepasse toutes les conventions sociales qui nous servent trop souvent d’oripeaux, il y a là sans doute un écho de l’évangile qu’on entendait dimanche dernier, juste remis à notre juste place de frères et sœurs.

 

            C’est sûr que, après avoir expérimenté cela, quand on rentre chez soi, on a envie de faire de même, même si rares sont les pèlerins qui croisent nos banlieues. 

 

Pourtant, l’attitude de cœur pourrait être la même : non pas d’inviter tous ceux dont nous croisons la route mais être ouvert à ces temps partagés avec ceux qui croisent notre chemin, temps osés par nous-mêmes ou par autrui, simplement gratuits. Derrière ces rencontres, même sans lendemain et surtout s’il n’y a pas possibilité de « rendre », ce n’est pas seulement l’autre que nous rencontrons mais, en filigrane, l’Autre. Si l’hôte désigne en français celui qui accueille comme celui qui est accueilli, c’est comme pour nous inciter à nous mettre donc toujours plus à l’écoute de l’hôte le plus intérieur en chacun de nous et à Le repérer en nos frères. Et le cœur s’en emplit de gratitude et d’action de grâce. 

 

 

lundi, août 29 2022

L’été en... un roman – imaginer la pluie

 

            J’ai été silencieuse ici cet été : densité des choses à vivre, travail important également qui m’occupait l’esprit et nécessité d’écrire pour moi-même avant tout. Alors, avant de trop plonger vers la rentrée, retour en quelques flashs non narratifs mais catégoriels. Enfin, si je peux. On commence par le roman qui m’a le plus marquée cet été. 

 

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            J’ai lu avec appétit comme tous les étés et avec un ravissement certain dans la plupart des cas. Toutefois, parmi les fictions, un roman se détache sans contredit par l’étrange atmosphère qu’il dégage à laquelle on se laisse prendre : Imaginer la pluie de Santiago Pajares aux éditions Actes Sud (maison d’édition dont j’apprécie d’ailleurs beaucoup les couvertures), paru en France avril 2017 pour le grand format ; en avril 2021 pour le format poche. 

 

            Qu’en dire ? C’est un roman étrange, poétique et tout autant post-apocalyptique que merveilleux, jouant de surcroît avec grâce avec l'univers du Petit Prince de Saint-Exupéry.

 

Imaginer la pluie : rien que le titre nous emmène dans vers la rêverie... Pourtant, s’il s’agit d’imaginer la pluie, c’est bien parce qu’il s’agit du drame d’une mère seule avec son fils en plein désert après une catastrophe ayant touché l’humanité entière et, pour eux deux, après la chute d’un avion : le fils, lui, ne connaît pas la pluie, il ne peut que la rêver. D’ailleurs, il ne peut qu’imaginer beaucoup de choses puisqu’il ne connaît pas le monde d’avant : ils n’ont quasiment rien, seulement l’essentiel pour vivre et encore, à peine. Mais ils vivent et surtout ils aiment. 

 

            Ils ne sont que deux alors les dialogues sont rares et le blanc prend autant de place sur la page des courts chapitres (souvent une page recto-verso) que le silence du désert qu’ils habitent et qui les habite. On lit au rythme du pas sur les dunes. C’est le récit de l’essence d’une vie qui comprend aussi la mort de la mère, le départ jusqu’au bout des forces, la rencontre non du Petit Prince mais de l’altérité et, encore, un long exode. Je ne divulgâcherai pas la fin mais, si la grande majorité du roman joue avec la prose poétique, la fin est plus directement narrative et presque « classique », ce qu’on ne lui reproche d’ailleurs absolument pas. 

 

On se laisse saisir par le désir d’en savoir plus sur la raison de leur présence dans le désert mais notre attente sera toujours déçue au fil du livre : de fait, il ne s’agit pas pour l’auteur de nous dire comment une partie de l’humanité a précisément réussi à se détruire mais de nous faire habiter et demeurer dans l’écrin de l’essentiel, même s’il s’agit d’un appentis dans le désert. Pour que nous n’ayons pas besoin, nous, un jour, de faire « imaginer » la pluie à des plus jeunes, pour que nous nous comportions en êtres responsables de nos choix et pour que nous puissions créer de belles nouvelles histoires ! 

 

dimanche, août 28 2022

L'humilité : regarder celle de Dieu... et la nôtre ?

 

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            Il y a des dimanches où c’est plus facile que d’autres de trouver le fil conducteur des textes bibliques, comme aujourd’hui : l’humilité. 

 

            C’est facile sur le papier, d’ailleurs aussi, l’humilité. D’un certain côté, c’est également facile d’en parler : ne pas s’auto-glorifier de ses actes ou, en termes plus contemporains ne pas se la raconter ; en termes plus anciens, se souvenir toujours avec Montaigne que « sur le plus haut trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul » (non, mais ne soyez pas choqués, ce n’est pas moi qui le dis, c’est Montaigne !) ; en termes plus chrétiens, se souvenir toujours davantage que tout est don de Dieu : « qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » nous interroge saint Paul (1 Co 4, 7) nous montrant le chemin de l’humilité chrétienne. 

 

            Mais, quid, en vrai ? On peut être tenté de se rabaisser ou d’aller prendre volontairement la dernière place comme dans l’évangile du jour : parfois, c’est fructueux pour dompter nos tentations de pouvoir ; parfois cela ne peut être que déguisement, n’assumant pas les dons reçus et les cachant ou jouant à la personne humble sans glorifier le Seigneur pour ce qu’il me donne. En réalité, l’humilité, ce n’est pas si aisé à vivre avec justesse : c’est une ligne de crête. 

 

            Je crois que, ce qui peut aider davantage à la vivre, c’est en regarder l’étymologie : humus, la terre. Nous, hommes et femmes, sommes gardiens de celle-ci et établis les pieds posés bien à plat dessus par le Seigneur. 

 

En fait, la terre, l’humus, c’est la hauteur qui nous est donnée : ni plus, ni moins. 

Rester les pieds sur terre, c’est rester dans le réel, le don de Dieu : c’est regarder à la simple mesure qui nous est donnée qu'Il n'a pas craint de venir partager, ni plus, ni moins. 

C’est assumer notre condition humaine : ni plus, ni moins. 

C’est vivre du don de Dieu : ni plus, ni moins. 

 

vendredi, juin 24 2022

Un oui comme une pierre blanche

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(Mosaïque de Rupnik) 

 

 

                 Dans le secret d’une petite chapelle, un jour chaud d’été, j’ai enfin rendu les armes face à toutes mes arguties pour écouter une sorte de grand amour qui était en moi qui m’appelait, qui me dépasse et dont je percevais qu’il était porteur de la plus grande joie ; dans le secret d’une chapelle, et j’ai dit un oui libre complètement balbutiant mais aussi complètement plein de joie pour vivre un temps privé d’engagement au célibat. 

 

            On peut dire plein de choses sur le célibat consacré, en négatif comme en positif, y voir un aspect très pratique de disponibilité, en rechercher mille raisons psychologiques cachées ou explicites et soit mais il ne faut pas oublier l’essentiel : il s’agit avant tout d’un « oui » à une grande histoire d’amour, à un « veux-tu ? » qui bouleverse et qui donne le désir de dire « oui » avec tout son être. Les raisons, les explications autres peuvent être nécessaires mais elles n’en sont pas moins accessoires face à ce oui primordial d’un amour qui s’engage en réponse à un autre amour. Quand on me pose plein de questions sur mon célibat consacré, quand on le remet même parfois en cause, je m’arrête souvent au bout d’un moment, ne pouvant plus dire autre chose que « histoire d’amour », aussi simple et naïf que cela puisse-t-il être.  

 

            Pour autant, je ne suis pas non plus à l’aise avec ceux qui idéalisent ce célibat et le peignent en rose bonbon sucré formidable. L’amour ne veut pas dire que c’est simple tous les jours : les jours creusent leurs crevasses dans nos vies et le « oui » est à redire tous les jours, comme dans un couple qui s’aime et avance tendrement jour après jour malgré les lourdeurs et les crises du quotidien. Je dois avouer d’ailleurs que j’ai une grande tendresse pour les Anciens, quel que soit leur état de vie, qui sont restés fidèles : ils sont souvent des yeux simples, comme lavés par les larmes et leurs rides sont comme les sillons burinés des joies et peines de la vie sur leur corps. Ils disent quelque chose du réalisme de l’amour, qui ne s’écrit pas que dans les volutes légères des jours d’allégresse mais aussi dans la pesanteur des jours graves : calligraphie amoureuse, très certainement un brin divine. Mais ils ne se sont jamais arrêtés, ils ont avancé, ils ont dit oui, un jour, et ils l’ont redit aussi souvent que nécessaire : ils sont un véritable exemple de la réalité de la vie, tout simplement. 

 

            Je n’ai pas leur recul mais je ne peux m’empêcher de rester fascinée, émue, de ce Dieu qui m’appelle, d’une manière qui me dépasse de très loin. Même quand les jours sont plus lourds, il est une joie en mon cœur qui est donnée et il est clair que mon « oui » participe à cette joie. J’aime ce célibat consacré où je me suis engagée tout entière, corps et âme. Il n’est certes pas une carapace face au monde où je suis plongée, il est plutôt comme une brèche : un lieu d’inconfort, d’humanité, de pauvreté et de vulnérabilité, mais qui me pousse à redire « oui » à Dieu, chaque matin, pour redire « oui » à mes frères et sœurs et être parmi et avec eux ce signe très simple de la vie consacrée au travers de mes péchés et de mes ratés. Brèche de Dieu dans ma vie ; brèche divine dans la vie des autres, aussi. 

 

          Dans le secret d’une petite chapelle, c’était un 24 juin que j’ai dit ce « oui » privé voici 12 ans déjà, renouvelé d’année en année jusqu’à ma consécration et au « oui » pour toujours : ce n’est pas tant un anniversaire, ce n’est ni ma naissance, ni mon baptême, ni ma consécration, c’est une pierre blanche sur mon chemin à laquelle je reviens souvent, à l’école de st Jean-Baptiste, le Précurseur, qui ne fait que désigner le Christ. Un oui comme une pierre que j’ai un jour librement posée pour essayer à mon tour, comme consacrée dans le monde, de témoigner d’un grand Amour et de L’annoncer par tout mon être. 

 

dimanche, juin 19 2022

Don sans réserve de l'amour du Sauveur

 

« Pain véritable, 

Corps et Sang de Jésus Christ, 

Don sans réserve de l’amour du Seigneur, 

Corps véritable de Jésus sauveur. 

 

Pain de vie, 

Corps ressuscité, 

Source vive de l’éternité » 

(Chant « Pain véritable »)

 

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(Photo : pixabay)

 

            Le jour de la fête du Saint-Sacrement, nous entendons à la messe l’évangile de la multiplication des pains mais aussi le récit de la Cène par saint Paul, échos d’une même faim comblée par Celui qui est la Vie. 

 

Nous méditons particulièrement lors de cette fête le mystère de l’eucharistie où le Christ nous offre Son Salut et nous lui demandons plus spécialement que, transformés par la réception de ce sacrement, nous sachions toujours plus former un seul corps, le corps du Christ qu’est l’Église. 

 

            Mais aujourd’hui, vous voyez, en sortant de la messe, je suis allée faire un tour au petit-déjeuner solidaire du dimanche sur le parvis, temps convivial réunissant ceux qui ont de quoi vivre et ceux qui n’ont pas de quoi vivre : chaque semaine, j’apprends à mieux les connaître, à vibrer de ce qui les fait vibrer ou à appuyer délicatement une main sur une épaule quand ils disent ce qui les fait pleurer. 

 

            Et ce soir, encore un drame humain que je suis depuis plusieurs jours et qui me fend vraiment le cœur qui m’a incitée à aller acheter un gros panier repas pour nourrir quelques-uns qui n’ont simplement plus rien. On m’avait demandé si, éventuellement, je pouvais donner « un peu de pain » 

 

            Sans lien avec la fête du jour ? Complètement en lien : comment pourrais-je vivre de l’eucharistie si cette nourriture ne me faisait pas vivre pour les autres et ne servait qu’à me rassasier moi-même ? Comment serais-je membre du Corps du Christ en vérité si l’autre cellule proche n’avait pas de quoi poursuivre son existence et que je m’en moquais ? 

 

            Ce dimanche, j’aurais préféré ne pas avoir à vivre cette sorte de grand écart qui laisse le cœur si intranquille et pourtant c’est cette « intranquillité » qui nous pousse, je crois, à aimer toujours davantage l’eucharistie comme source de toutes nos actions, à la rechercher, à la désirer. Elle nous pousse à marcher à la suite du Christ et à L’imiter : et Lui, qu’a-t-il fait sinon le bien autour de Lui, y compris nourrir ceux qui étaient affamés ? 

 

            C’est en méditant le mystère de l’eucharistie que je peux prier ce soir pour tous ceux qui n’ont pas de quoi sustenter leur faim : 

Seigneur, Toi qui donnes toujours en abondance, Toi qui te donnes toujours sans compter, donne-leur de surmonter l’épreuve ; 

Et pour moi qui ai de quoi manger, Seigneur, je Te demande de creuser ma faim de l’eucharistie, de ne jamais m’arrêter dans mon confort repu : pour les servir toujours plus, pour que chacun puisse vivre pleinement sa vie d’homme et de femme à satiété, vraiment libres et debout comme Tu le désires, comme Tu les désires. 

 

samedi, juin 18 2022

Mains ointes

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            Certains liraient, parait-il, l’avenir dans les lignes du creux de la main. Même si l’on n’y croit pas, il est vrai que nos mains sont faites de creux, de bosses, et de lignes qui se resserrent ou qui s’ouvrent parfois en fossés. Nous présentons peu cette partie de notre corps : peut-être parce qu’elle est, à l’image de nos vies, vulnérable, variée, sans vraie coque protectrice. 

 

            C’est pourtant des paumes de mains qui ont été posées sur la tête de deux hommes, de deux diacres ce matin, les replaçant dans cette longue chaîne ininterrompue du sacrement de l’Ordre, comme si la grâce, Sa puissance « donnait toute sa mesure dans la faiblesse » (2 Co 12, 9). Et c’est pourtant aussi la paume de leurs mains que ces deux jeunes prêtres ont présentée ce matin devant leur évêque pour qu’il les oigne de Saint-Chrême. Cela n’est pas anodin : cette onction pénètre la peau au cœur même de toute leur vie, de tout ce qu’elle a de grand et de vulnérable ensemble, dans les belles hauteurs et dans les creux de leur vie. Par-là, elle imprègne leur existence tout entière. 

 

            Pourquoi s’arrêter sur ce qui ne pourrait être somme toute qu’un détail ? Parce que ce détail est particulièrement signifiant, il me semble, en un temps où l’on recommence beaucoup trop à jouer au « eux » versus « nous » entre prêtres et laïcs, dans des temps où, dans la suite du rapport de la CIASE, certains descendent les prêtres en flèche tandis que d’autres, par réaction, les encensent de plus belle : deux réactions qui ne sont pas ajustées, l’une comme l’autre et qui peuvent même, dans le premier cas, être violentes et douloureuses. Il devient alors difficile de chercher à poser une parole juste et elle est pourtant tellement nécessaire, a fortiori un jour d’ordination.

 

            J’ai trop d’amis prêtres pour les encenser mais j’ai aussi bien trop d’amis prêtres pour ne pas les aimer d’une grande affection pour ce qu’ils sont avec des vies comme chacun de nous, avec des qualités et des défauts, avec des forces et des faiblesses, comme chacun de nous : bêtement mais joyeusement humains, tout simplement. Mais s’arrêter là serait lisser, voire gommer la spécificité de leur vie et cela ne serait pas juste non plus : ce sacrement reçu au cœur de toute leur vie même pleine de failles, cette onction reçue après celle du baptême qui est venue habiter toute leur vulnérabilité et qui les missionne et leur donne la force d’être prêtres au milieu et pour le peuple chrétien. Pourquoi nous opposer les uns les autres ? Tout change si l’on a conscience que l’on a besoin les uns des autres ! Nous avons besoin de prêtres, et ils ont besoin de l’ensemble du peuple de Dieu : les uns ne peuvent exister sans les autres et nous ne pouvons former le corps du Christ si nous nous excluons mutuellement. Alors, travaillons ensemble dans le respect de nos vocations propres et aimons-nous les uns les autres, sans naïveté certes, mais en vérité : il paraîtrait même que c’est chrétien ! 

 

Pour ma part, ce soir, je ne prétends pas lire pas l’avenir dans le creux de la paume des mains des deux nouveaux prêtres mais je sais que la grâce du Seigneur sera toujours présente pour les accompagner, les soutenir, les fortifier et pour les envoyer. Mais, pour être pleinement au service du Christ et de nos communautés, ils auront besoin de notre prière et de notre affection, alors n’hésitons pas : mains jointes et mains qui encouragent pour ces mains ointes ! 

 

mardi, juin 14 2022

Veillée d'armes, côté prof

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            Demain, ils commenceront leurs épreuves écrites : d’abord les terminales avec la philo, puis les 1ères en français jeudi, 4h à plancher dans les deux cas. Et puis, à partir de lundi, le grand oral de spécialité avec les terminales. 

 

Il y a les veillées d’armes quand on passe soi-même l’examen, puis celles quand on est l’enseignant. Il est évident que le stress et les enjeux ne sont pas les mêmes et, pourtant, c’est à eux que je pense ce soir et ce sont eux qui habitent mon cœur et pour lesquels je stresse. 

 

            Je ne crois pas vraiment qu’il s’agisse pour l’enseignant de prouver quelque chose par les résultats de ses élèves, même si de bons résultats font plaisir et procurent la juste satisfaction du devoir accompli. Il s’agit surtout d’espérer de tout cœur pour eux qu’ils sauront ne pas perdre pied devant l’inconnu d’un énoncé et réussir à donner le meilleur d’eux-mêmes, en montrant toute leur aptitude à la réflexion. C’est particulièrement vrai dans les zones « sensibles » où tant d’élèves désespèrent facilement d’eux-mêmes puisque leur vie ne cesse de se charger de pesantes difficultés au quotidien. Les nuages de leur esprit sont souvent bien sombres et j’ai encore bien trop d’exemples ces derniers jours : sauront-ils tenir bon et montrer tout ce qui était germe d’espérance en classe ces ultimes semaines ? 

 

 

Seigneur, je te les confie, surtout ceux qui traversent des choses si lourdes ;

Éveille-les à l’orée de l’épreuve lucides et apaisés,

Rends clairvoyant leur esprit,

Fortifie-les afin qu’ils ne cèdent pas au découragement et se donnent jusqu’au bout de l’épreuve sans jamais rien lâcher,

Soutiens leur plume jusqu’à son terme sans tomber dans une rapide facilité,

Rends-les heureux et fiers du travail accompli, symbole et clôture de toutes ces années de croissance,

Pour qu’ils deviennent bientôt des adultes selon ton cœur. Amen.

 

 

 

vendredi, juin 3 2022

Auditeurs du café de Sèvres ? A vous la parole !

Tout au long de cette année, nous avons eu la joie avec Claire de rencontrer et d'échanger avec de nombreux enseignants du Centre Sèvres sur des sujets divers en théologie et en philosophie : expérience passionnante ! Le dernier épisode vient d'être diffusé et nous nous tournons déjà vers la suite... pour laquelle nous avons besoin de vous ! Auditeurs occasionnels ou réguliers, auriez-vous la gentillesse de remplir le questionnaire sur ce lien : 

https://centresevres.com/article/podcast-cafe-de-sevres-a-vous-la-parole/ 

Pour une saison 3 qui passionne vos oreilles, votre coeur et votre âme ! Merci d'avance ! 

Vous avez raté des épisodes ? Vous pouvez tous les retrouver par ici :

 

dimanche, mai 15 2022

Madeleine Delbrêl nous parle du nouveau saint !

 

         Quelques mots, chère Madeleine, sur les canonisations du jour ? Oui, elle a des choses à dire car la vénérable Madeleine Delbrêl aimait profondément l’un des saints canonisés en ce dimanche 15 mai par le pape François : saint Charles de Foucauld ! Elle a même écrit un texte s’intitulant Pourquoi nous aimons Charles de Foucauld dont voici quelques lignes en ce jour de fête pour voir en quoi cet ami du Seigneur peut aussi pleinement être l’un des nôtres. 

 

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Source de  l'image : http://dessinsfranck.canalblog.com/archives/2015/06/06/32175971.html 

Besoin incoercible de prière devant Dieu, don sans mesure à tout être qui le sollicite. 

Imitation candide de la vie du Christ en Palestine, de ses gestes, de ses actes. 

Connaissance de son entourage et adaptation. 

Amour passionné du prochain. Amour fidèle de chaque instant pour l’humanité entière. (…) 

 

Il est pour nous le type de ces vocations théocentriques, qui captent l’âme directement pour Dieu dans le Christ. Ces hommes-là n’ont pas de choix à faire. Dieu touche tout l’horizon. Du fait même qu’il existe, il est éminemment préféré. 

Pour ces hommes, l’amour de Jésus Christ conduit à l’amour de tous nos frères comme pour d’autres la vocation à l’apostolat sera le chemin d’un don total au Christ. 

Cette gratitude vis-à-vis de Dieu se retrouve en effet vis-à-vis de son prochain. Charles de Foucauld lui donne sa vie de chaque jour, et l’on sait avec quelle largeur de don et de disponibilité, prêt à mourir pour lui – et il est mort par et pour lui – il n’attend pas les résultats, ne se trouble pas de son parfait échec, garde sa paix quand ayant passé presque une vie au désert, son seul bilan est la conversion, peu assurée, d’un nègre et celle d’une vieille femme. Il aime pour aimer, parce que Dieu est amour et que Dieu est en lui et qu’en aimant « jusqu’au bout » tous les siens, il imite autant que faire se peut, son Seigneur. (…) 

         Le père de Foucauld nous apparaît comme enraciné au carrefour de la charité. Il ne refuse aucune des démarches de l’amour. Il soude dans sa vie les deux extrêmes de l’amour : le proche prochain et le monde entier. (…) 

         Au mot caritas (c-à-d charité) écrit si souvent au-dessus du cœur et de la croix il fait rendre tout son sens en profondeur et en étendue. Il s’installe délibérément en vie de famille avec tout être humain qu’il rencontre. Et cette vie de famille, véritablement vécue, sera le signe nécessaire d’une autre vie de famille sans cesse approfondie et de jour et de nuit avec tous les hommes de la terre. (…) 

         Il est vraiment, en plein xxème s., un contemporain réel du Jésus de Nazareth. (…) L’Évangile, il est pour lui le tout de son apostolat visible. (…) 

         A côté de l’apostolat spécialisé, il pose la question du tout à tous. (…) il nous hisse au-dessus des compartiments sociaux, au-dessus des groupes humains pour que lisibles à tous, nous devenions comme un message universel. 

 

 

samedi, mai 14 2022

Prier pour les vocations, aujourd’hui, sérieusement ?

 

         Le 4ème dimanche de Pâques, c’est-à-dire dimanche dernier, c’était la journée mondiale de prière pour les vocations et, souvent, cela colore ensuite la semaine qui suit (en tout cas, pour ma part). 

 

         Cette année, plus que d’autres, je me suis demandée comment traduire cette prière aujourd’hui, dans notre contexte ecclésial et mondial si sombre : comment prier pour les vocations alors même que tant furent dévoyées, que tant ont asservi au lieu de servir, que tant ont emprunté le chemin du mal et n’ont plus réussi à le quitter. Il est facile de dire « mais il y a les 90 % d’autres ! », certes : mais est-ce vraiment suffisant ? Et je ne parle même pas du contexte mondial où l’espérance semble toujours plus à raviver ! 

 

        Et pourtant, j’avais, dans le même temps, le cœur plein de cette foule joyeuse du week-end précédent où, à Paris, eut lieu un si beau « congrès vocation » avec une partie « festival des jeunes »... jeunes gens joyeux cherchant dans une foi rayonnante le chemin de sainteté sur lequel le Seigneur les appelle ! 

      Et pourtant, personnellement, j’aime vraiment parler avec joie de l’appel du Seigneur dans ma propre existence ! D’ailleurs, si j’associe un mot au mot « vocation », celui qui me vient spontanément, c’est « joie » parce que je sais, expérientiellement, qu’il est bon de Lui répondre, quel que soit le chemin sur lequel Il nous appelle ! Alors, oui aux vocations et oui à la prière pour les vocations ! 

 

         Mais, en ce contexte, ce n’est pas si simple : la tentation serait peut-être de présenter les vocations comme des trucs de super-héros, réservées à une élite osant un « oui » dans l’adversité alors que c’est bien tous ensemble que nous sommes appelés à la sainteté. 

 

Aussi, pour prier pour les vocations dites « particulières » de manière spéciale toute cette semaine, 

je n’ai pas demandé au Seigneur qu’il fasse des cœurs héroïques, des téméraires prêts à s’engager encore plus dans une ambiance de sombre marasme mais des garçons et des filles qui auront l’audace du réel, le coeur reposé et pacifié en Dieu ; 

Je n’ai pas demandé au Seigneur tel ou tel type de vocation, « steuplé Seigneur, il manque des <insérer ici votre demande> » vraiment : Il sait les chiffres, Il veut juste qu’on L’aime et qu’on Lui parle de nos préoccupations ; 

Je n’ai pas demandé au Seigneur de remuer tel jeune que je connais pour qu’il avance sur son chemin vocationnel, je l’ai simplement et délicatement déposé et confié en Ses mains ; 

 

Je n’ai pas demandé tout cela au Seigneur mais j’ai rendu grâce pour mon propre appel et j’ai prié pour les vocations : 

J’ai demandé au Seigneur qu’il nous fasse le don de cœurs humbles, des personnes proches de l’humus, de cette terre où Lui, Jésus, n’a pas dédaigné de prendre chair, et où l’on entend si bien Sa Parole ; 

J’ai demandé des cœurs qui disent « oui » peut-être en trébuchant, peut-être en tremblant parce que tout cela est trop grand ;

J’ai demandé des hommes et des femmes qui sauront avec une grande acuité qu’ils appartiennent à une Église-sainte-de-pécheurs et qui, la voyant même portant des haillons, sauront la trouver pourtant si belle ; 

J’ai demandé au Seigneur d’éclairer, dans cet humus de notre monde, une diversité de chemins de sainteté et qu’Il y déverse beaucoup d’amour pour le cultiver et en faire germer en autant de « oui », réalistes et joyeux. 

 

 

Et bon 5ème dimanche de Pâques... 

... qui n’empêche pas de poursuivre cette même prière !

 

 

jeudi, avril 14 2022

À notre place, là où Il est

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            Je dois l’avouer, j’ai commencé la Semaine Sainte d’humeur assez maussade. Depuis des semaines, les actes violents graves s’enchaînent dans mon lycée : j’en parle peu publiquement tout au moins pour l’instant car je refuse que cela soit instrumentalisé à des fins partisanes par temps d’élection et puis, je ne peux évidemment pas tout raconter. En tout cas, après une semaine chargée d’oraux blancs, lundi nous avions une rencontre là-dessus mais, que dire ? Que faire quand, en vrai, on manque de moyens humains pour accompagner mieux tous ces jeunes qui en ont tant besoin ? 

 

            Dans le même temps, patatras, moi qui prévoyais d’aller à la messe chrismale de mon diocèse mardi en fin de journée... voilà que j’apprends le lundi justement que je devrai faire passer à la dernière minute des « grands oraux blancs » le mardi jusque tard (précisons que ce ne sont pas là mes horaires de travail habituel). J’étais en rogne intérieurement... Et puis, comme cela avait déjà été le cas il y a deux mois, mardi arrive et puis paf : le Seigneur est venu me rejoindre dans les nuages noirs. Avant, entre et après les oraux, des dialogues en vérité avec des élèves : Unetelle à aider dans une formalité administrative dont dépend beaucoup, Untel à encourager dans ses débuts de progrès pour qu’il ne perde pas pied, Unetelle dont les vannes s’ouvrent soudain et se mettent à me narrer les galères de sa vie... Beaucoup de dureté et pourtant la certitude paisible d’être là où je devais être pour rencontrer le Seigneur. Il ne m’attendait pas dans ma vie rêvée de consacrée, menée à la force de mes bras et de mon agenda, mais dans ma vie réelle de consacrée, très axée tout-terrain par temps boueux. 

 

            Et ce soir, comme tout le peuple chrétien, il y a une autre place où se trouver : auprès de Lui, exposé au reposoir, pour veiller et prier avec Lui. Avec Lui, consentir au réel jusque dans les horreurs.. puisque Lui y est passé, nous savons que nous n’y serons jamais seuls et qu’au bout se trouve la Vie. 

 

Saint Triduum pascal les amis ! 

 

 

lundi, avril 11 2022

A lire et à écouter ailleurs

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Je suis peu en ces parages... même s'il y aura sous peu quelques petites choses liées à la Semaine Sainte. 

 

Néanmoins, pour info, vous pouvez lire tout chaud ce jour dans le journal La Vie l'article suivant : 

"Messe féministe" : de l'inclusivité de la messe ? 

Ou une petit réflexion volontairement décentrée au sujet de la récente "messe féministe" pour juste réfléchir mieux ensemble à la messe. 

 

Par ailleurs, il y a également toujours l'animation des épisodes du Café de Sèvres (en alternance avec ma collègue Claire en philo !) qui se veulent un peu de nourriture intellectuelle et spirituelle pour approfondir mieux notre foi  : 

 

 

dimanche, avril 3 2022

Briser les spirales de violence

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            L’évangile de ce dimanche, celui de la femme adultère, on le connaît bien. Des hommes viennent trouver Jésus avec une femme convaincue de péché : certes pour le mettre à l’épreuve... mais n’y a-t-il pas aussi autre chose ? Cette scène, on la connaît également bien dans nos quotidiens, mais sous un autre mode :  quand quelqu’un agit mal et qu’on le ou la critique et que, sous le coup de la colère, on va trouver Machin pour en ajouter encore plus sur son cas parce que lui aussi a très certainement quelque chose à en dire tellement Machin est vraiment en-dessous de tout. 

 

            Or, Jésus vient briser cette spirale violente : non qu’il dise à un quelconque moment que la femme ait bien agi, le « va, et désormais ne pèche plus » est clair en ce sens, mais bien  parce qu’il agit autrement. Loin de dire « c’est très mal, elle est vraiment à rejeter : lapidons-la ensemble », il temporise, il prend le temps d’écrire sur le sable et ne crie pas avec les loups, et prend encore moins une pierre pour la lui lancer. La violence, c’est un jeu néfaste qui monte toujours plus, qui « escalade » comme on dit dans un autre contexte avec peur actuellement. Au lieu d’y rentrer, Jésus nous montre le chemin pour nous en extraire : prendre le temps de discerner, donner le temps à autrui de se calmer et de changer. 

 

En sortant du cercle de la violence, Jésus nous montre qu’on peut ouvrir un autre chemin, une échappatoire pleine de vie. 

 

Alors on devient apte à entendre qu’il n’y a pas lieu d’enfermer quelqu’un dans son péché – ni autrui, ni nous-mêmes d’ailleurs parce que nous sommes tout aussi pécheurs – mais bien à espérer toujours davantage une personne au-delà de ce qu’elle donne à voir, à l’espérer comme Dieu le fait sans jamais se lasser, abandonnant les chemins mortifères du péché pour choisir la vie. 

 

 

vendredi, mars 25 2022

Annonciation... de paix ?

 

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            Aujourd’hui, nous fêtons l’Annonciation, une fête aussi simple en apparence que pleinement divine dans les faits : entre Dieu et l’homme, rien ne sera jamais plus comme avant. Non seulement Dieu envoie son fils prendre notre chair mais en plus, Il suspend Son initiative gracieuse à notre liberté : c’est si grand de la part de Dieu de nous rendre si grands ! C'est tout Lui ! 

 

            Aujourd’hui, le pape François dans un magnifique temps de prière pénitentiel (voir l’essentiel de l’homélie par ici : https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2022-03/pape-francois-homelie-celebration-penitentielle-consecration.html), a prié profondément pour la paix en consacrant l’Église et l’humanité, et spécialement la Russe et l’Ukraine au cœur immaculé de Marie. Pourquoi ? 

 

« Nous avons perdu le chemin de la paix. Nous avons oublié la leçon des tragédies du siècle passé, le sacrifice de millions de morts des guerres mondiales. Nous avons enfreint les engagements pris en tant que Communauté des Nations et nous sommes en train de trahir les rêves de paix des peuples, et les espérances des jeunes. Nous sommes tombés malades d’avidité, nous nous sommes enfermés dans des intérêts nationalistes, nous nous sommes laissés dessécher par l’indifférence et paralyser par l’égoïsme. Nous avons préféré ignorer Dieu, vivre avec nos faussetés, nourrir l’agressivité, supprimer des vies et accumuler des armes, en oubliant que nous sommes les gardiens de notre prochain et de la maison commune. Nous avons mutilé par la guerre le jardin de la Terre, nous avons blessé par le péché le cœur de notre Père qui nous veut frères et sœurs. Nous sommes devenus indifférents à tous et à tout, sauf à nous-mêmes. Et avec honte nous disons : pardonne-nous, Seigneur !

 

Dans la misère du péché, dans nos fatigues et nos fragilités, dans le mystère d’iniquité du mal et de la guerre, toi, Mère sainte, tu nous rappelles que Dieu ne nous abandonne pas et qu’il continue à nous regarder avec amour, désireux de nous pardonner et de nous relever. C’est Lui qui t’a donnée à nous et qui a fait de ton Cœur immaculé un refuge pour l’Église et pour l’humanité. Par bonté divine, tu es avec nous, et tu nous conduis avec tendresse, même dans les tournants les plus resserrés de l’histoire. » dit l’acte de consécration

 

C’est tout le sens d’un acte qui pourrait autrement nous sembler peut-être folklorique : au contraire, le pape a rappelé qu’il n’y avait rien d’une forme de magie là-dedans. C’est un acte de pauvres croyants devant le déchaînement de la violence mais c'est un acte de foi en cette grandeur de Dieu n'oubliant jamais l'homme. 

 

Et c’est pour cela que nous pouvons nous y glisser et y prier pleinement à notre tour, spécialement en ce jour de l’Annonciation : 

Pour que chaque jour plus de cœurs sachent faire davantage de place à la grâce divine à l’exemple de Marie : 

Pour qu’y germent des « oui » audacieux, ferments durables de paix. 

 

dimanche, mars 20 2022

Catéchumènes et victimes

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Quand il y a le 1er scrutin des catéchumènes dans une paroisse, on prend l’évangile de l’année liturgique A, c’est-à-dire celui de la Samaritaine. 

 

Or, aujourd’hui, c’était aussi en France la 1ère journée de prière pour les victimes de violences et d’agressions sexuelles au sein de l’Église. Curieuse concomitance : d’un côté, une prière pour ceux qui vont prochainement devenir membres à part entière de l’Église, de l’autre, une prière pour les membres blessés de l’Église ; d’un côté, la promesse ; de l’autre, ceux qui ont vu la promesse qu’ils étaient et sont encore, bafouée, trahie, pervertie par d’autres membres de l’Église. 

 

            Et j’aime assez l’idée de les joindre tous ensemble dans ce bel évangile où Jésus vient apporter dans le même temps Son regard de vérité et toute Sa promesse d’eau vive. Non que les victimes ou les catéchumènes aient mené la vie de la Samaritaine - ce ne serait pas leur rendre justice - mais, eux, comme nous tous d’ailleurs, avons besoin de ce regard du Christ sur nos vies : Il scrute avec justesse et avec amour tout aussi bien ce que nous avons pu infléchir de Lui mais aussi tout ce que d’autres ont pu pervertir de Lui dans une existence. Son regard est une invitation à repuiser dans la vérité dont certaines victimes ont encore tant besoin tant ils n’ont pu être pleinement écouté. C'est essentiel parce que la Vérité, qui est le Christ, nous rend libres, tous, ensemble.

 

Et elle est là, la vraie promesse, valable pour tous, d'être libres de tout mal qui nous entrave : 

 

Seigneur, donne-nous de nous ressourcer à cette eau vive,

Lave-nous de tout le mal qui nous a été fait comme de celui que nous avons commis, 

Fais-nous vivre sous Ton regard de vérité,

Afin d’y puiser, ensemble la Vie, la vraie. 

 

mardi, mars 1 2022

Carême en plus

 

Pour le mercredi 2 mars 2022, Mercredi des Cendres

 

         C’est quoi ton « effort de carême » ? Souvent, nous répondons par une privation, ou plusieurs, d’ordres divers. 

 

         C’est heureux ! Mais est-ce que c’est dans le « moins » que nous trouverons d’abord le Seigneur ? Il me semble que c’est peut-être avant tout en prenant le « plus » comme base que nous discernerons le mieux ce que nous aurons à choisir pour avancer durant ces 40 jours qui nous sont offerts. 

 

         Plus ? Pas ‘plus’ dans le sens d’ajouter plein de choses à l’agenda mais plus de vie et surtout, plus de Vie. Comment laisser au Seigneur plus de place dans mon existence ? Telle est la question qui s'offre à nous à chaque carême. Évidemment, cela peut être de choisir sciemment de renoncer à des choses qui nous encombrent inutilement au lieu de lui laisser Sa place ; cela peut être de renoncer aux moments mortifères mais aussi à des attitudes telles qui ne nous font pas du bien, d’une morosité peu amène aux autres à la série regardée en boucle qui n'apporte strictement rien, mais cela peut aussi être très simplement de choisir une attitude positive, plus vivante, plus aimante... Ou, évidemment, de prendre plus de moments de qualité avec le Seigneur ! 

 

         La liste est longue, tout est possible. Mais je crois que le « plus », qui a aussi la forme d’une croix ( !), est le critère majeur pour trouver nos décisions posées sur le chemin vers Pâques. Autrement, nous pourrions encore nous chercher nous-mêmes et nos petites gloires : même s’il est vrai que savoir renoncer fait parfois aussi humainement du bien. 

 

Seigneur, envoie-moi ton Esprit Saint afin que je sache devenir plus vivante durant ce Carême ; 

Donne-moi de quitter les spirales mortifères de mon existence, pour avancer résolument vers ce qu’il y a de bon, de vrai, de grand, de Toi dans ma vie ; 

Aide-moi à choisir toujours le « plus » afin de vibrer selon Ta fréquence, celle du plus grand amour qui s’offre sur la Croix, 

Pour que ma vie, non plus racornie mais dilatée, soit davantage à Toi et à mes frères, 

Et, qu’avec Toi, j’apprenne le chemin qui va de la mort vers la Vie. 

 

 

mercredi, février 2 2022

Vie consacrée, en sillons d’humanité

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/24/Chartres_50_-_4a_-_Procession_de_chandeleur.jpg

            Ce matin au lycée, avoir été encore une fois l’oreille d’une histoire bien glauque, bien sombre, bien dure concernant une de mes élèves ; et recevoir comme en présent le germe de fragilité confié ; et m’éprouver – comme quasiment tous les jours – éducatrice bien pauvre, à l’exception de mes mains pour la confier, comme beaucoup d’autres, dans ma prière au Seigneur. 

 

            En superposition, le 2 février, c’est la fête de la Présentation de Jésus au Temple et la fête de la vie consacrée : une fête d’action de grâce, sans triomphalisme mais toute pleine d’une joie simple et sereine. 

 

            Parce que, si nos histoires de vie à nous, consacrés, ne sont pas forcément empreintes des mêmes gravités humaines, c’est aussi nos vies en leur simplicité que nous avons confiées, un jour, chaque jour et pour toujours, au Seigneur. Or, s’il y a des merveilles, des moments très lumineux, il faut bien considérer que, dans nos vies aussi, il y a de la pauvreté, de la violence, des reniements et puis toutes ces lâchetés quotidiennes dont nous ne sommes jamais bien fiers. Nous ne valons pas mieux que quiconque. 

 

            Mais il y a cet évangile du jour, cet évangile incroyable où Jésus, fils de Dieu, sans péché, est pourtant tout entier présenté à son Père comme pour nous entraîner dans le même mouvement, sans aucune crainte.

Parce que nous y avons lu un chemin de vie, il nous a été donné de dire un « oui » audacieux que nous redisons chaque jour, parfois avec entrain, parfois plus balbutiants : un oui simplement offert parce qu’il nous a été donné en premier. 

Et, à travers nos propres fissures, nous découvrons le chemin inattendu que trace l’Amour en nos existences ; 

Et nous nous émerveillons de Ses traces ; 

Et nous expérimentons une joie profonde que rien ne saurait nous prendre ; 

Et nous rendons grâce, avec le peuple de Dieu tout entier, pour ce don qui nous a été fait. 

 

            En superposition, ce 2 février, dans mon action de grâce, il y avait d'autres sillons d'humanité que le mien, différents et pourtant pas si éloignés. Il y avait cette élève et tous ces autres-là cabossés de la vie que je ne peux que présenter au Seigneur avec moi en guise de chandeleur d’espérance,  pour que la vie consacrée soit vraiment signe de cette lumière divine qui ne se peut jamais garder pour soi seule : 

Pour qu’un peu d’amour vienne polir les bosses ; 

Pour qu’un brin d’amour vienne éclairer leurs nuits ; 

Pour qu’une étincelle d’amour illumine toutes ces traces d’humanité et les revête de joie. 

 

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